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"Alien" : projection d’un futur possible à la biennale de Moss

Art contemporain | La 9e édition de la biennale de Moss en Norvège intitulée  Alienation explore les mutations biologiques, écologiques, sociétales découlant de l’ère numérique hyperconnectée. Si Alienus en latin désigne ce qui est étranger à soi-même, son sens philosophique se précise autour de la dépossession de l’individu ayant perdu la maîtrise du monde. À 100 km au nord d’Oslo, Moss se situe au cœur de l’immensité des Fjords, des forêts verdoyantes et de la pureté de l’eau. Cet environnement enchanteur tranche avec la thématique de la biennale qui se veut lanceur d’alerte et de solutions, dessine des visions possibles du changement de paradigme de l’identité humaine.

Bui Adalsteinsson, Fly Factory, 2014 © Courtesy the artist, Photo by Istvan Virag
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Bui Adalsteinsson, Fly Factory, 2014
© Courtesy the artist, Photo by Istvan Virag

La biennale 2017 questionne en profondeur les composantes de l’aliénation à travers le choix d’œuvres ou projets de 32 artistes venus du monde entier. Elle est conçue par cinq curateurs de cinq pays scandinaves : la suédoise Ulrika Flink, la finlandaise Ilari Laamanen, le danois Jacob Lillemose, la norvégienne Gunhild Mœ et l’islandais Jón B.K. Ransu.

Des visions science-fictionnelles de corps mutants et aliénés tissent une trame de force et se déploient dans les différents lieux d’expositions, parc et maisons traditionnelles norvégiennes au charme de conte de fées. Ainsi le duo Olga Bergmann & Anna Hallin redéfinit la notion de grotesque dans un «  entre-temps  » où le futur s’incruste au passé, une généalogie fictionnelle : des figures mutantes aux grandes oreilles, toutes échelles, semblent échappées d’un chantier archéologique creusé dans le parc et contaminent tous les espaces de la biennale.
L’Atelier danois de design Cyberspace de Susanne Ussing & Carsten Hoff interroge le corps humain en transformation avec des sculptures suspendues en forme de masse biomorphe tandis que Patricia Piccinini invente un cyborg, un être «  chair et machine  » confondu. L’artiste suisse Hans Ruedi Giger qui inventa en 1979 la créature extra-terrestre d’Alien pour le film emblématique de Ridley Scott conçoit un ensemble de chaises «  biométalliques  », chacune d’elle s’envisageant comme le squelette d’une créature hybridée.

Olga Bergmann & Anna Hallin, Missing Time (2017), Mixed media © Courtesy of the artists, Photo by Istvan Virag
Olga Bergmann & Anna Hallin, Missing Time (2017), Mixed media
© Courtesy of the artists, Photo by Istvan Virag

La question des mutations génétiques pour la survie de l’humain constitue l’autre fil rouge, tramé par des « œuvres-expériences » d’artistes touchant au scientifique ou manipulant la science-fiction.
La Fly Factory de Búi Aðalsteinsson est une armoire/laboratoire/cuisine qui recrée le milieu de production de larves et d’insectes pour l’autoconsommation ; ici la confection d’un pâté. Le laboratoire transgénique synthétisé dans le film Synthetic Apiary du groupe Mediated Matter de Cambridge agit pour contrecarrer la disparition des abeilles, simulant un éternel printemps, les nourrissant de pollen artificiel. L’artiste originaire de Turquie, Pinar Yoldas, conçoit une installation d’aquariums et de tubes d’expériences qui concentre un «  écosystème de l’excès  » pour modéliser à l’échelle réduite l’impact sur les êtres vivants du changement climatique et de la pollution; ainsi, une poubelle de déchets plastiques dont certaines bactéries arrivent à digérer le plastique microscopique.

D’autres artistes se relient à des connaissances enfouies ou à des vies microscopiques.
Le film de Linda Persson And Then We Ran Away (2017) sur les mines d’opale enfouies dans le Grand Désert Victoria d’Australie dont le secret est gardé par la tribu aborigène Won gâthâ ; on y voit aborigène racontant comment des bactéries enfouies pendant des millénaires peuvent, comme suite aux interventions humaines, ressurgir, perturber ou contaminer l’environnement.
L’installation de Sonja Bäumel met en évidence les luttes microbiologiques à l’intérieur du corps et les jeux de cœxistence d’organismes étrangers. La vidéo de Kjersti Vetterstad fait apparaître un vortex primordial, mélange physico-chimique en mouvance permanente…

Toutes ces visions d’anticipation redéfinissent l’homme du futur autour d’une identité composite reformulée autant dans le tissu vivant qu’artificiel, à l’image d’un organisme en perpétuel devenir puisant sa survie dans puissance du vivant.

Jeanette Zwingenberger
Publié le 11/09/2017
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Bui Adalsteinsson, Fly Factory, 2014 © Courtesy the artist, Photo by Istvan Virag Olga Bergmann & Anna Hallin, Missing Time (2017), Mixed media © Courtesy of the artists, Photo by Istvan Virag Susanne Ussing & Carsten Hoff, Atelier Cyberspace, 1968-1970 © Courtesy of the artists and the National Gallery of Denmark
Photo by Istvan Virag / Courtesy Carsten Hoff Patricia Piccinini, Atlas, 2012 © Photo by Istvan Virag, Courtesy the artist H.R. Giger, Chairs for Giger Bar Tokyo, (1991–96) © Photo by Istvan Virag, Courtesy H.R. Giger Estate Mediated Matter, Synthetic Apiary / Video, 3:28 min © Photo: Istvan Virag / Courtesy The Mediated Matter Group Pinar Yoldas, Ecosystem of Excess, (2017) / Installation © Courtesy of the artist / Photo By Istvan Virag Pinar Yoldas, Ecosystem of Excess, (2017) / Installation © Courtesy of the artist / Photo By Istvan Virag Linda Persson, ‘It was like experiencing a fold in time, she said’ (2017) / Installation, moving images, animation, sculpture, opal, textile print, sand, glass and clay © Photo by Istvan Virag, Courtesy the artist Sonja Baumel, Being Encounter, (2017) / Installation © Courtesy of the artist / Photo by Istvan Virag Kjersti Vetterstad, No Maps for these Territories (2012) © Courtesy of the artist / Photo by Istvan Virag

Bui Adalsteinsson, Fly Factory, 2014
© Courtesy the artist, Photo by Istvan Virag

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