Signe à capter

Changement de paradigme chez Sotheby's

Marché de l'art | Le rachat de Sotheby’s en juin 2019 par Patrick Drahi marque une étape nouvelle dans sa longue histoire. Dans un contexte de globalisation des marchés de plus en plus géopolitisés, la maison de vente fondée en 1744 à Londres entre dans l’escarcelle du géant des télécommunications et des réseaux câblés à hauteur de 3,7 milliards de dollars.

Patrick Drahi © Photo by Eric Piermont/AFP/Getty Images
Patrick Drahi
© Photo by Eric Piermont/AFP/Getty Images

Patrick Drahi à travers BidFair USA et Domenico de Sole le directeur du conseil d’administration de Sotheby’s ont annoncé le 17 juin 2019 le rachat de la maison de vente. Valeur boursière du NYSE depuis 31 ans, la transaction s’est conclue sur un prix de 57$ par action, supérieur de 61% par rapport au cours de clôture du 14 juin.

Le caractère inattendu de cette annonce et le prix de vente élevé interrogent les motivations derrière l’intérêt de Patrick Drahi - rappelons que Sotheby’s évolue sur un secteur à très faible rentabilité, son résultat net en 2018 n’étant “que” de 128,9 millions de dollars. En achetant Sotheby’s, le PDG de Altice se procure un outil de soft-power qui dépasse le seul monde de l’art, la maison de vente disposant d’un réseau de plus de 80 bureaux dans une quarantaine de pays. Par ailleurs, des acquisitions récentes de Sotheby’s dans des domaines stratégiques pourraient justifier une telle transaction  : le marché des datas à travers l’achat du Mei Moses Art Indices en 2016 et celui de l’IA avec la start-up Thread Genius acquise en 2018.

Pour Sotheby’s comme pour le monde de l’art dans sa globalité, cet achat génère des interrogations sur la stratégie future qu’adoptera Patrick Drahi réputé comme un “costs killer” mais surtout, des répercussions sur le marché de l’art. En tant qu’entreprise publique cotée en bourse, Sotheby’s est soumise à des règles très strictes, au Securities Exchange Act qui régule les marchés financiers secondaires aux États-Unis ainsi qu’à l’obligation de publier trimestriellement son exercice financier.

Cette transaction demeure toutefois assujettie à l’autorisation des autorités de réglementation et à la vente de l’ensemble des actions. Alors que Patrick Drahi peine depuis quelques années à éponger les dettes de Altice, le New-York Post révèle l’existence de contre-offres actuellement en discussion. L’une proviendrait du PDG de Blackstone, Stephen Schwarzman, l’autre de l’actionnaire principal de Sotheby’s Taikang Asset Management présidé par Chen Dongsheng, le fondateur de la maison de vente China Guardian.

Quel que soit l’acheteur définitif, Sotheby’s sera à l’instar de Christie’s propriété de François Pinault depuis une vingtaine d’années, libre de partager les informations qu’elle souhaite. Un risque d’opacité, les deux acteurs majeurs du secteur se partageant 45% du marché mondial des ventes aux enchères en 2018 - 7 milliards de dollars pour Christie’s et 6,3 milliards pour Sotheby’s pour un secteur évalué à 29.1 milliards de dollars.

Vincent Kozsilovics
Publié le 27/06/2019
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Patrick Drahi © Photo by Eric Piermont/AFP/Getty Images

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