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Le hacking urbain, quand l'art incise la ville

Art contemporain | D’un contre-pouvoir vers une contre-culture, la logique du hacking appliquée à l’espace de la rue envisage la ville comme un champ d’expériences et de potentialités. À travers le prisme de l’art, le hacking urbain signifie une pratique de détournement des composantes de la sphère publique et de réappropriation du flux de réalités qui la dynamise.

Mark Jenkins © Courtesy Mark Jenkins
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Mark Jenkins
© Courtesy Mark Jenkins

Bien que récente, l’expression “hacking urbain” s’envisage dans une optique transgénérationnelle. Elle qualifie un rapport au réel, à l’espace urbain, que l’on observe aussi bien dans la pratique de jeunes artistes que des figures historiques de l’art contemporain. Dès les années 1960, Ernest Pignon-Ernest questionne la rue en y incrustant des représentations de grande dimension d’œuvres conservées dans des musées. Le déplacement de ce langage visuel muséal, sa délocalisation, produit des lieux « signifiés » dont l’œuvre réside essentiellement dans sa relation à l’espace public et aux passants. Entre 1975 et 1980, le collectif français UNTEL creuse une psychologie de l’urbanité quotidienne par des actions de perturbation. Le groupe interroge la place de l’art et des artistes dans la société, organise des interventions intempestives dans un va-et-vient avec la réalité (défilé de mode « touriste »).

Dans l’acte de “hacker”, l’espace réel de la ville est abordé comme un système vulnérable donc accessible. L’artiste-hacker, en s’y infiltrant, s’approprie un champ d’action régalien dans lequel il insère des situations en décalage. Quelles que soient les motivations à l’origine de cette action, elle engendre une reconsidération de l’espace public comme espace de paroles et de discussions.

In 2005, the graffiti prankster Banksy surreptitiously hung a work in the Brooklyn Museum © Credit Courtesy of the Wooster Collective
In 2005, the graffiti prankster Banksy surreptitiously hung a work in the Brooklyn Museum
© Credit Courtesy of the Wooster Collective

De son intrusion dans des musées pour y accrocher ses propres œuvres à son exposition sauvage Better out Than In, sans oublier le mystère entretenu autour de sa personne, Banksy déploie une approche de hacking. En dispersant dans l’espace public des mannequins aux allures humaines, Mark Jenkins théâtralise l’espace de la ville. La mise en scène qui accompagne ses œuvres génère des champs de perturbation et interroge le passant sur sa propre condition et sur la perception d’autrui.

Par leur pratique, plusieurs artistes envisagent la rue comme un terreau fertile à l’expression et la diffusion d’un activisme. Martin Parker opère au détournement fonctionnel d’éléments de la ville, en modifie l’expérience jusqu’à opérer une désorientation. Le mouvement britannique Brandalism mène un « artivisme » incarné par la réutilisation critique et subversive des campagnes de publicité de grands groupes tels que Air France ou Volkswagen. L’artiste Kidult agit en recouvrant de son homonyme des symboles du capitalisme, en particulier les empires du luxe…

Dans les sociétés postmodernes construites sur l’accumulation et le flux quasi ininterrompu des images, le hacking urbain transforme la sphère publique en un « espace opérant ». Cette approche contestataire produit un écho avec des mouvements avant-gardistes des années 1950 et 1960 dans le sillage de DADA ou des initiatives révolutionnaires telles que le Situationnisme; le concept de détournement et la volonté de se réapproprier le réel au cœur de ce saut générationnel. Face à une partie de l’art urbain contemporain aujourd’hui institutionnalisée et ancrée dans le marché, le hacking urbain se développe en contrepoint subversif.

Vincent Kozsilovics
Publié le 26/11/2016
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Mark Jenkins © Courtesy Mark Jenkins Collage du gisant sur les marches du métro Charonne, Ernest Pignon-Ernest, 1971 © Ernest Pignon-Ernest In 2005, the graffiti prankster Banksy surreptitiously hung a work in the Brooklyn Museum © Credit Courtesy of the Wooster Collective Mark Jenkins, Dublin © Mark Jenkins Martin Parker - Banksters Project - Détournement Détournement de boîte de dépôt bancaire, Paris, France - 2013 © Martin Parker Paris, artwork by Barnbrook, Klink & Friends, 2015 © Brandalism Kidult © DR

Mark Jenkins
© Courtesy Mark Jenkins

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