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Le MoMAR ou l’expérience du musée pirate en réalité augmentée

Art contemporain | En mars 2018, la salle des Jackson Pollock du Museum of Modern Art (MOMA) de New York se fait pirater. Oui, avec la réalité augmentée, le piratage s’étend aujourd’hui à des sites physiques. «  Bienvenue au MoMAR  », le Museum of Modern Art Augmented Reality, lit-on sur le site internet dédié à la présentation de ce piratage du MOMA.

MoMAR © DR
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MoMAR
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L’institution muséale  : un territoire pour pirates en réalité augmentée

On accède au MoMAR en téléchargeant l’application MoMAR Gallery sur son smartphone. Une fois sur l’application dans la salle des Jackson Pollock du MOMA, on voit sur son smartphone des œuvres virtuelles venir se superposer sur celles du maître de l’expressionnisme abstrait.
La première exposition du MoMAR s’intitule Hello, we’re from the internet (2 mars - 10 mai 2018). Elle rassemble les œuvres de huit artistes qui se superposent sur sept toiles de la salle.

L’artiste Gabriel Barcia-Colombo transforme ainsi la peinture ultime de Jackson Pollock, White Light (1956), en un jeu interactif. L’artiste qui travaille autour de questions de mémorisations et de vie après la mort crée ici une expérience à partir des dynamiques de la toile de Pollock et en même temps la commente.
D’autres œuvres de l’exposition du MoMAR se superposent sur les œuvres physiques du MOMA sans établir de rapports avec celles-ci. Elles se présentent comme des invasions, des prises de siège du musée.

MoMAR © MoMAR
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L’équivalent parisien du MoMAR est inauguré en mai 2018 dans les collections du Centre Pompidou à Paris. Il est à l’initiative du collectif d’artistes Recycle Group et s’intitule They were lying to you, everything is different (Ils vous mentaient, tout est différent).

Au Centre Pompidou comme au MOMA certaines œuvres virtuelles se présentent comme des commentaires des œuvres physiques sur lesquelles elles se superposent, parfois comme des blagues. Par exemple, au Centre Pompidou, le Recycle Group fait entourer la chaise de Joseph Kosuth (One and Three Chairs, 1965) de deux autres chaises virtuelles, ou encore il donne le pourcentage de contemplation d’une œuvre de Georg Baselitz dans les dernières vingt-quatre heures. Plusieurs œuvres se trouvent transformées en miroirs pour réfléchir celles auxquelles on tourne physiquement le dos. Par endroits, les tableaux deviennent des fenêtres, nous montrant l’espace derrière le mur, mais en le vidant de ses œuvres. Face à L’Aubade de Picasso, l’application nous présente la salle adjacente de nuit, lumières éteintes, moment où l’on ne peut être dans l’institution.

(De gauche à droite) Recycle Group devant Picabia, Joseph Kosuth et Georg Baselitz © Recycle Group
(De gauche à droite) Recycle Group devant Picabia, Joseph Kosuth et Georg Baselitz
© Recycle Group

Faire éclater les murs de l’institution  : Le Museum Hacking Turn

Le but des fondateurs du MoMAR est de faire éclater virtuellement les murs du musée en tant qu’institution élitiste. Ils revendiquent une ère nouvelle en ces termes  :
«  If we are to understand that art is the great measure of our culture we must also acknowledge it is owned, valued and defined by ’the elite.’ We must also recognize then that the term “open to the public” is not an invitation, but a declaration of values. Values that are not our own. And so it has remained for 335 years. Until now.  »
Le MoMAR se donne pour mission de faire entrer librement des œuvres virtuelles au musée. Il dénonce l’aspect figé des institutions muséales, leurs retards par rapport à la création d’aujourd’hui. Le fondateur du MoMAR explique en ces termes qu’un musée aujourd’hui se doit d’être entièrement « open source » :
 » It excites me to see all the different ways people try to turn museums into public spaces. Museums should be fully open source. And if they don’t do it we will do it. No more one directional dialogues - foster multi directional conversations. If you’re open for the public be a public space. »
Un nouveau type de critique institutionnelle est mis en pratique.

Les «  prises de sièges  » du MOMA puis du Centre Pompidou ouvrent à d’autres prises de sièges de musées à travers le monde pour faire entrer des œuvres virtuelles de tous types entre les murs des institutions. On pourrait bientôt parler de Museum Hacking Turn, une nouvelle forme d’expression artistique pour contester les politiques muséales.

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Les perspectives du piratage muséal

Les applications MoMAR Gallery et Recycle Group sont nées sans la permission des musées. Toutefois, les musées ne font pas retirer ces applications qui superposent des œuvres virtuelles sur une partie de celles de leurs prestigieuses collections. Ils en donnent une permission implicite.
Le piratage du musée pourrait constituer malgré tout une stratégie inversée pour attirer des publics jeunes.

Les invasions virtuelles des musées nécessitent que soient définis les droits des espaces virtuels au sein d’espaces physiques privés ou publics. Ils mettent en évidence la question cruciale des limites entre les espaces «  virtuels  » et les espaces «  physiques  ».
Ils font également ressortir les éventuels conflits entre les œuvres physiques et les œuvres virtuelles qui s’y superposent. Quelles pourront être les limites entre commentaire libre sur l’œuvre et atteinte à l’œuvre ?

Il semble que les musées peuvent rester plutôt tranquilles sur un point  : avec la réalité augmentée, vous pourrez embrasser virtuellement un Cy Twombly ou toute autre œuvre autant de fois que vous voudrez.

1. Grâce à une bourse du Art + Technology Lab du LACMA de Los Angeles en 2015, Barcia-Colombo a crée un projet intitulé The Hereafter Institute. Celui-ci s’attache à la question de nos données sur les réseaux sociaux après notre mort physique.

Maud Maffei
Publié le 27/07/2018
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