Analyse à décoder

The Californian Way of Life : œuvre totale

Analyse à décoder | Los Angeles a le vent en poupe, développe une nouvelle puissance culturelle, de création et de marché qui trouve ses fondations à la fois dans un contexte géographique, géologique ainsi que dans la formulation d’une identité propre : the Californian Way of Life. audit culturel d’une ville résolument au présent.

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© Jeanette Zwingenberger

Une Mégapole construite sur une faille

Cette mégapole de 18 millions habitants et de 140 nationalités, se situe aux confluences des mondes entre le Mexique, l’Amérique du Sud et l’Asie de l’autre côté du Pacifique. Son ouverture sur l’océan et son climat clément crée un californian way of life avec sa culture de la plage et du corps, du surf et du skateboard. A l’abri d’une végétation luxuriante viennent se nicher des restaurants de toutes ethnies axés sur le bien-être. Non loin de la gigantesque roue psychédélique du Santa Monica Pier à l’ambiance de fête foraine, les adeptes de la méditation font face à la mer et au soleil.
Cette ville, construite sur une faille, souvent menacée par les incendies et les tremblements de terre, génère une urgence, crée une conscience aiguë de profiter de la vie à chaque instant présent.

A perte de vue, le tissu urbain ininterrompu s’étend à l’horizontale presque jusqu’à l’infini d’une manière tentaculaire. De ce fait, ses habitants sont en permanence « On the road » (Kerouac), dans leur voiture, souvent dans des embouteillages, patientant au son de la radio distillant la musique californienne du Beat si reconnaissable. Un réseau d’highways rapides et vrombissants de jour comme de nuit parcourt les différents quartiers, épicentres souvent représentatifs d’une communauté sociale, ethnique et religieuse.
À L.A. subsiste un grand nombre d’habitations individuelles, de la simple maison en bois à la grande villa avec piscine si bien croquée par David Hockney. L’architecture californienne intègre de manière équivalente intérieur et extérieur. De grandes baies vitrées ouvertes accueillent lumière et senteurs des arbres exotiques. Le jardin fait partie intégrante de l’habitat. L’art, le design et l’architecture comprennent résolument un Gesamtkunstwerk, un style de vie.

Une identité « Made in L.A. »

Bien que le Hammer Museum soit connu pour sa collection du XIXe siècle, il développe depuis 2004 une politique d’acquisition d’art californien contemporain ainsi que des résidences d’artistes. Sa devise étant que l‘art incarne des idées pour un monde meilleur, est représentative d’un certain esprit philanthropique qui subsiste aux Etats-Unis, comme une promesse d’un bien-être que l’on retrouve également dans certaines œuvres. La troisième Biennale “Made in L.A. 2016” 12.6-28.8.2016 expose et promeut la scène émergente de Los Angeles et ses alentours.

Il y a juste 10 ans, Catherine Grenier orchestra une grande exposition au Centre Pompidou autour de 85 artistes, intitulée Los Angeles 1955-1985 Naissance d’une capitale artistique 3.3-7.7 2006. L.A. se construit en contrepoint à New York qui garde l’ADN de l’Europe. Des artistes d’envergure internationale comme Paul McCarthy, James Turrell, Robert Irwin, Bill Viola, Bruce Nauman, John Baldessari, Ed Ruscha, Chris Burden, Edward Kienholz, Mike Kelley, lui ont apporté ses lettres de noblesse, loin des sentiers battus. L.A. est la capitale de l’expérimentation artistique à la fois phénoménologique, psychédélique, spirituelle, communautaire. Low et high art se répondent à travers la littérature, la photo, le cinéma, les collages, les performances formant un puzzle créatif à l’image du brassage multiculturel de LA. La commissaire de l’exposition Wasteland Shamim M. Momin souligne l’importance du rôle des universités dans cet essor comme l’U.C.L.A., l’University of Southern California ou le California Institute of the Arts. Ces lieux de formation attirent aujourd’hui des étudiants du monde entier. Un certain esprit communautaire et d’entraide crée, autour des artistes, un champ de tous les possibles, conférant une magie à ce coin du monde. Des personnes du monde entier exilées à L.A. pour raison économique amènent non seulement une dynamique de survie mais aussi une diversité culturelle favorisant un nouvel imaginaire, alimentant la vitalité de L.A.

La marque L.A. s’enracine dans les infrastructures : universitaire, muséale et culturelle. Les trustees la portent et soutiennent ce dynamisme.

Une Economie culturelle affirmée

Dès la fin du mois de janvier plusieurs foires inaugurent des événements culturels et réunissent des collectionneurs, artistes et galeries dans un climat ensoleillé et joyeux. L.A. Art Show au Convention Center vers Downtown 27-31.1 présente 120 galeries d’art surtout américaines, spécialistes du XXème et XXIème siècles de qualité inégale.

Avec sa 7eme édition, ALAC réunissait dans un hangar d’aéroport, 70 galeries établies ou émergentes comme Bureau (New York), Christian Andersen (Copenhagen), Galerie Kadel Willborn (Düsseldorf), Kayne Griffin Corcoran (Los Angeles) et MOT International (London), 1301PE (Los Angeles), Michael Benevento (Los Angeles), Shane Campbell Gallery (Chicago), CANADA (New York), David Kordansky Gallery (Los Angeles), One and J. Gallery (Seoul), Tif Sigrids (Los Angeles), STANDARD (OSLO) (Oslo), et team (gallery) (New York/Los Angeles), Praz-Delavallade (France). La peinture dominait, surtout figurative, revendiquant une joie de vivre, caractéristique d’un style de vie décontractée et optimiste très différent de l’art expiatoire européen et épinglant des angoisses actuelles de nos sociétés.

Une autre foire alternative parallèlement à ALAC s’est installée dans Paramount Ranch, 30—31.1. 2016, Paramount Ranch au dessus des montagnes de Malibu. Dans un décor de Western, cet ancien lieu de tournage d’Hollywood accueille dans son Saloon, sa prison et ses maisons en bois, 50 galeries avec des artistes de la scène émergente. Les galeries Lulu (Mexico City), Chantal Crousel (Paris) Maccarone (New York) et What Pipeline (Detroit), prennent des positions plus radicales avec des installations, des collages assemblages souvent issus d’objets de récupération, des sculptures extérieures.

Une foire consacrée à la Photographie Classic abrite les photos icônes et les grands photographes du début du XXe siècle. Les plus grandes galeries de la Photographie des Etats-Unis se retrouvent au Bonhams, sous la régie d’Elizabeth Siegel, The Art Institute of Chicago.

Un marché en mode « mega »

L.A. réunit plus de 150 Musées et Galeries internationaux. Qu’est-ce qui fait la spécificité de L.A. et de la Côte Ouest? Cette ville permet encore aux artistes de se déployer dans des ateliers abordables. L’énergie hystérique de la ville va de pair avec la force tranquille d’une nature sauvage. Ses panoramas époustouflants, rassemblant à la fois désert, montagne et océan, nourrissent évidemment l’imaginaire des artistes. Depuis trente ans, se dessine une infrastructure autour de l’art, qui s’accélère depuis les dernières dix années.

En 1979, est fondé sous l’instigation du maire, Frederick R. Weisman Art Foundation Jœl Wachs (directeur de la fondation Andy Warhol) le MOCA Museum of Contemporary Art. Il acquiert entre 1984 et 1994 la collection minimaliste de Giuseppe Panza avec 150 œuvres de 10 artistes. En 1983, le Los Angeles County Museum of Art (LACMA) avec ses huit bâtiments distincts et sa collection de 100 000 pièces est inauguré à downtown. Il constitue le plus grand musée d’art de l’ouest des Etats-Unis. Le Getty Center va fêter ses vingt ans en 2018. C’est le musée au monde qui bénéficie d’un apport financier le plus considérable pour l’achat de ses collections et la mise en perspective avec la création contemporaine.
Depuis son ouverture en 2015, the Broad devient le nouveau musée à la mode avec son architecture nid d’abeilles signé par l’agence Diller Scofidio + Renfro au coût de 140 millions de dollars. Il présente deux mille œuvres exceptionnelles, la collection d’Eli et Edythe Broad. A quelques pas du Broad, le Walt Disney Concert Hall de Frank Gehry (2003) crée un nouveau quartier culturel.

Les mégagaleries en tant que vecteurs du marché, viennent s’installer comme Sprueth Magers, présente à Londres et à Berlin, ou Hauser Wirth & Schimmel, aussi à New York et Zurich.
Contrairement aux salons, les galeries proposent un programme quasiment muséal. Culver City, quartier pauvre d’entrepôts à l’origine, regroupe aujourd’hui des galeries parmi les plus importantes de LA. En 2016, Cherry and Martin Gallery, l’installation Cinderella combine film, photographie et sculpture. Basé sur un jeu vidéo think Tron, sous la forme d’une comédie musicale et d’un conte pour enfant, raconte une histoire d’homme-machine, avec des effets cinématographiques étonnants. C’est l’œuvre d’Ericka Beckman résolument féministe et qui expose dans de grands musées en Europe.
La galerie Blum & Pœ expose le mouvement coréen Dansaekhwa; la peinture monochrome entame un dialogue avec le minimalisme americain.
Sur la Highland avenue, une figure d’influence incontournable du marché est Diane Rosenstein Gallery. Les œuvres d’assemblage et de graffiti d’Aaron Fowler, un artiste afro-américain new-yorkais parle de son cercle de famille, de ses amis et de leur lutte existentielle.
Dans ce feu de l’art total se joue l’alchimie des matières et des expériences autour des perceptions de peinture et collage dans un champ hétérogène.

Les lettres gigantesques Hollywood que les étrangers et les amoureux viennent admirer du haut du Griffith Observatory est le symbole de l’industrie du film, l’industrie du rêve et de L.A. Mais L.A. c’est aujourd’hui la ville des starts-up, des nouvelles technologies de pointe, à proximité de la Silicone vallée. A l’ère numérique, le virtuel a besoin de contrepoids en l’occurrence l’alchimie de la matière, des collages, de la peinture. La diversité caractérise la scène artistique quasi protéiforme autant au niveau de ses positions artistiques que des lieux d’expositions divers.
L’exposition Wasteland reflète le tissage et l’influence de L.A. en Europe. Du 12 mars 2016 au 17 juillet 2016, elle réunit quatorze artistes de la scène artistique de Los Angeles, Mona Bismarck American Center à Paris et la Galerie Thaddaeus Ropac à Pantin. La commissaire Shamim M. Momin a pris un angle de vue plutôt New Yorkaise avec sa vision post-apocalyptique et post-humaine. Elle compare ainsi le désenchantement politique (les lendemains de la Première Guerre mondiale), culturel (l’urbanisme moderne) et individuel (la difficulté à communiquer et la perte de la foi) avec la situation actuelle.

Jeanette Zwingenberger
Publié le 15/08/2016
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