Tendance à suivre

Prospective Marché: le cas Eugène Leroy

Marché de l'art | Né en 1910, Eugène Leroy est estimé depuis les années 70 pour sa peinture énigmatique faite d’accumulations de matières picturales, de coagulations couche par couche. Depuis son décès en 2000, son œuvre est peu à peu délaissée dans le mouvement de la globalisation du marché de l’art, de son ouverture vers l’Asie notamment. On observe cependant une amorce de renouvellement de son marché. État des lieux.

L’oeuvre ’’Grand nu assis’’, 1978-1980 adjugée par Artcurial pour 74.352€ (est. 50.000 - 70.000€) le 29 janvier 2008 © Eugène Leroy
L’oeuvre ’’Grand nu assis’’, 1978-1980 adjugée par Artcurial pour 74.352€ (est. 50.000 - 70.000€) le 29 janvier 2008
© Eugène Leroy

Quelques repères à savoir

- En marge des tendances dominantes, la pratique artistique d’Eugène Leroy s’envisage comme la lente exploration d’une peinture totale, entre chaos et lumière. Découvert, admiré par l’artiste allemand Baselitz, il accède tardivement à la notoriété grâce à l’engagement du marchand allemand Michael Werner, puis de la Galerie de France.

Vent d’hiver, Eugène Leroy, circa 1968 © Alberto Ricci/Archives Galerie de France
Vent d’hiver, Eugène Leroy, circa 1968
© Alberto Ricci/Archives Galerie de France
- Depuis sa première exposition, en 1937, dans la galerie lilloise Montsallut, jusqu’en 2018, son travail figure dans 144 manifestations individuelles en majorité organisées par des galeries (48) devant les institutions publiques (30).

- Au cours des années 1980, on observe un changement de paradigme, avec une première exposition organisée aux États-Unis à la galerie K; l’artiste étant jusque là exclusivement exposé en Europe, essentiellement sur le sol français - 33 manifestations, dont 29 en France, 3 en Belgique et 1 en Suisse.

- Le point d’inflexion dans la carrière d’Eugène Leroy correspond bien sûr à sa collaboration avec la galerie Michael Werner qui le représente dès 1983 et compte à ce jour 19 manifestations dans ses espaces à New York, Londres et Trebbin.

- Une reconnaissance internationale se déploie. Plusieurs rétrospectives lui sont consacrées, dont celles au Musée d’art moderne de Paris en 1988 et au Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain de Nice en 1993. L’artiste expose au Stedelijk Van Abbemuseum en 1988 et investit le Kunsthalle de Bâle en 1997.
Il participe à la XXIe biennale de Sao Paulo en 1991, à la Documenta IX en 1992 et est invité à la Biennale de Venise Identity and Alterity. Figures of the body, 1895/1995 en 1995.

- Aujourd’hui, les œuvres d’Eugène Leroy font partie de nombreuses collections publiques et privées. En France, le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, le Centre Pompidou, les Beaux-arts de Lyon, le Musée d’art moderne et contemporain de Toulouse auxquelles s’ajoutent, à l’étranger, de façon non exhaustive, le Hishhorn Museum et le Smithsonian aux États-Unis, le Stedelijkmuseum à Amsterdam, la Kunsthalle de Bâle, le Ludwig Museum de Cologne…

Les chiffres du changement

L’analyse des 400 lots proposés en enchères publiques entre 1990 et 2018, toutes maisons de ventes confondues, témoigne d’un renouvellement de marché :

En 28 ans, les ventes des œuvres d’Eugène Leroy représentent un total de 3.195.500€ (est. 3.519.317 - 4.545.198€), selon la répartition suivante :
- 128 lots adjugés au-dessus des estimations hautes, soit 32%;
- 89 adjudications entre les estimations, 22%;
- 28 ventes inférieures aux estimations basses, 7%;
- 142 ravalements, 32%.

Entre 1990 et 2006, on constate d’année en année la répétition d’un même schéma avec des taux de ravalement élevés et des prix de vente majoritairement inférieurs aux estimations.
- Sur toute l’année 2001, le taux de vente atteint 33% pour un résultat de 31.541€ (est. 44.064 - 54.616€) ;
- En 2002, taux de vente : 40% / résultat : 46.840€ (est. 106.788 - 134.559€) ;
- En 2005, taux de vente : 23% / résultat : 71.962€ (est. 183.842 - 232.466€).

Les prémisses de changement surviennent à partir de 2008 lorsque Artcurial adjuge l’œuvre Grand nu assis, 1978-1980 pour 74.352€ (est. 50.000 - 70.000€) le 29 janvier 2008 lors de la dispersion de la Collection Jean Albou. Cette peinture vendue une première fois en 2005 par Sotheby’s Londres pour 31.864€ témoigne d’un intérêt nouveau qui se confirme à partir de 2011.

La période 2011 - 2017 se caractérise par des volumes de ventes annuels supérieurs à 300.000$ et des taux d’invendus relativement faibles, variant de 13 à 33%, excepté pour 2016 où le taux de ravalement concerne 52% des 31 œuvres mises aux enchères. L’année 2014 concentre les meilleurs résultats avec 20 lots sur 23 vendus pour 452.786€ (est. 324.960 - 434.827€) ; 65% des ventes dépassant les estimations hautes.

D’autre part, sur les 400 adjudications intervenues depuis 1990, 86% des 50 ventes les plus élevées se centralisent entre 2011 et 2017.

En termes de datations, les œuvres réalisées à partir des années 1970 se vendent relativement mieux et à des prix plus élevés. Par décennie :
- Sur l’ensemble des œuvres datées des années 1990 : 28 lots vendus sur 34 pour un total de 634.851€ (est. 566.767 - 739.306€) avec une médiane de 22.672€ ;
- Pour les années 1980 : 48 lots vendus sur 63 pour un total de 757.560€ (est. 712.898 - 916.800€) avec une médiane de 15.781€ ;
- Pour les années 1970 : 29 lots vendus sur 40 pour un total de 667.720€ (est. 617.345 - 804.277€) avec une médiane de 23.024€.

Au cours de la période 1970 - 1999, l’artiste totalise 105 lots vendus sur un total de 137 (77%) contre 107 lots vendus sur 187 (57%) entre 1940 et 1969. 13 des 15 meilleures ventes concernent des œuvres produites entre 1970 et 1999 avec à la première place, la peinture “Grand nu assis”, 1978-1980.

La tendance actuelle

Vue d'exposition ''Peintures-Fusains'', Galerie Nathalie Obadia, Paris, 2015 © Galerie Nathalie Obadia
Vue d'exposition ''Peintures-Fusains'', Galerie Nathalie Obadia, Paris, 2015
© Galerie Nathalie Obadia
De nouvelles galeries prescriptives se positionnent sur l’artiste comme la galerie Nathalie Obadia qui depuis 2014 expose les peintures de l’artiste. À ce jour, elle consacre presque annuellement une exposition dédiée à l’artiste, à Bruxelles et à Paris.

Toutefois, depuis sa mort, les expositions internationales restent rares et essentiellement assurées par son représentant historique Michael Werner. En dehors de cette galerie, on ne compte que deux manifestations hors des frontières européennes, à la Albright-Knox Art Gallery en 2000 et à la Alan Koppel Gallery en 2003,.

Notre point de vue prospectif

À contre-courant de l’esthétique dominante dans les années 2000 reliée aux imaginaires de la culture pub, de simulacre et d’hyperréalisme, l’œuvre d’Eugène Leroy se retrouve en phase avec le regain autour de l’abstraction qui caractérise cette fin de décennie.
Le marché de l’artiste, concentré en Europe et particulièrement en Europe du Nord, présente des signes de développement potentiel comme aux États-Unis. L’analyse des ventes publiques fait apparaître une stabilité avec une légère tendance haussière depuis 2011 et un pic en 2014.

Une étude complète est disponible sur demande.
Contact : vincent.k@observatoire-art-contemporain.com

Vincent Kozsilovics / Nina Rodrigues-Ely
Publié le 30/04/2018
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L'oeuvre ''Grand nu assis'', 1978-1980 adjugée par Artcurial pour 74.352€ (est. 50.000 - 70.000€) le 29 janvier 2008 © Eugène Leroy

L’oeuvre ’’Grand nu assis’’, 1978-1980 adjugée par Artcurial pour 74.352€ (est. 50.000 - 70.000€) le 29 janvier 2008
© Eugène Leroy

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