Tendance à suivre

La jeune génération de collectionneurs chinois: profilage

Marché de l'art | La Chine compte plus de 600 milliardaires. Chaque semaine, de nouvelles puissances économiques voient le jour principalement à Beijing, Hong Kong et Shenzhen. Parmi elles, de jeunes figures se démarquent et investissent le marché de l’art.

Grand Opening Celebration at Shanghai K11 © K11
Grand Opening Celebration at Shanghai K11
© K11

Stratégie globale maîtrisée

En 2013, alors inconnu des acteurs majeurs de la scène artistique, Lin Han, 26 ans, investit 5 millions HK$ pour la peinture Mask Series (1997) de Zeng Fanzhi à Hong Kong ce qui lui vaut l’intérêt des galeries White Cube, ShanghART et SCAI The Bathhouse. Pour justifier cet achat, il déclare : “It’s like a war, before the war, you play military music to encourage people and make a sound. I made a sound to let people know I am here.”

La jeune génération de collectionneurs chinois ne passe pas aujourd’hui inaperçue. Au delà de leur jeune âge, majoritairement entre 20 et 35 ans, ils partagent des similarités spécifiques. Tout comme ceux de Lin Han, leurs parents sont généralement membres du Parti Communiste et ont bâti des empires économiques dans l’immobilier, la finance ou l’entreprise. Certains s’investissent dans l’art très tôt comme Michael Huang, qui commence sa collection dès 16 ans, David Chau qui lance son fond d’investissement dédié à l’art à 21 ans.

A la différence de leurs aînés, ces jeunes collectionneurs chinois se détournent de la peinture traditionnelle pour suivre des modèles de collections plus occidentales : Chong Zhou s’inspire des acquisitions de Dr. Uli Sigg, Kelly Ying s’assimile davantage à la Rubell Family Collection. La vision globale du monde qui transparaît de leurs collections n’est pas le résultat du hasard. Mais bien de cursus éducatifs suivis en Europe ou en Amérique du Nord, où ils poursuivent en général des études en lien avec le monde de l’art. Certains intègrent les institutions occidentales. Adrian Cheng, issu d’une grande famille, formé à Harvard, collectionneur à l’esprit créatif, le jeune milliardaire développe K11 Art Foundation en 2010. Il le retrouve dans les comités d’institutions culturelles occidentales incontournables : Royal Academy of Arts, Metropolitan Museum of Art, Cercle du Centre Pompidou. Michael Huang au comité d’administration du New York Museum ou Wanwan Lei formée par les galeries Pace Beijing, Sperone Westwater, David Zwirner New York et 1301PE à Los Angeles avant de lancer sa galerie itinérante en 2013 “Wanwan Lei Projects”.


Nouveaux territoires du nationalisme culturel

De retour en Chine et en peu de temps, ces jeunes collectionneurs imposent un souffle nouveau dans la sphère artistique et culturelle nationale. Bénéficiant du soutien des instances occidentales légitimes, ils collectionnent les grands noms et mettent en place des collaborations importantes. Lu Xun à l’âge de 34 ans, sous l’égide de son père, lance en 2013 le Sifang Art Museum à Nanjing. Un espace de 20 000 mètres carré dont le design est confié à l’architecte américain Steven Holl. Parmi les artistes composant la collection permanente du musée, on retrouve Olafur Eliasson, Marlene Dumas ou Luc Tuymans, mais également des artistes chinois tels que Yang Fudong, Zhang Enli, ou Zhang Peili.
Ces jeunes collectionneurs croisent artistes occidentaux reconnus, de Kader Attia à Anselm Kiefer, et nouveaux arrivants chinois, comme Qiu Xiaofei ou Sun Xun. Ainsi ils s’appuient sur des références internationales pour orienter le regard sur la nouvelle création nationale. Ce que l’on remarque sur le marché : pour la 5e édition d’ART021 à Shanghai en 2017, foire lancée par Kelly Ying et David Chau, plus de 77% de galeries asiatiques sont accompagnées par quelques galeries occidentales labels, dont Perrotin Hong Kong ou Hauser & Wirth.

De leur côté, le couple Wanwan Lei et Lin Han associés à Michael Huang développent ensemble M WOODS depuis 2014, musée privé sans but lucratif basé à Beijing en tissant des liens de partenariat avec des marques occidentales, Christie’s ou Hublot. Après avoir collaboré avec le curateur Robin Peckham, Wanwan Lei reprend à son compte le monopole de la conception des expositions dans son propre lieu.

En maîtrisant à la fois la collection et la curation, la jeune génération de collectionneurs chinois construit et diffuse à travers son propre prisme sa vision de l’art aujourd’hui. Par des jeux de réputation et des associations de visibilité, elle favorise l’entrée sur le marché d’artistes nationaux jusqu’alors inconnus. Ainsi cette nouvelle génération de collectionneurs chinois est en train de construire les nouveaux territoires d’un nationalisme culturel.

Valentin Heinrich / Vincent Kozsilovics
Publié le 15/11/2017
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