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L'art africain contemporain, la naissance d'un marché

Art contemporain | En 1989, Les Magiciens de la terre présentée à la fois aux Grandes Halles de la Villette et au Centre Pompidou soulève une importante polémique dans le milieu de l’art; pour la première fois, une exposition met en lumière des artistes inconnus venus de tous les continents, en dehors de toute influence post-coloniale.

Chéri Samba, La Destruction du monde par l’homme © Galerie MAGNIN-A, Paris & Chéri Samba
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Chéri Samba, La Destruction du monde par l’homme
© Galerie MAGNIN-A, Paris & Chéri Samba

Cent artistes dont seize originaires de pays d’Afrique, parmi lesquels Frédéric Bruly Bouabré ou Chéri Samba, côtoient sans hiérarchie les artistes issus de l’avant-garde occidentale. « Le village global » décrit en 1967 par le sociologue canadien Herbert Marshall McLuhan se trouve alors poétiquement modélisé par les artistes présents lors de cette exposition pionnière qui anticipe le marché de l’art mondialisé.

André Magnin, qui était au centre de l’exploration africaine, deviendra un des maillons prépondérants de la diffusion des artistes africains contemporains dans les arcanes du marché : pour le compte de l’homme d’affaires Jean Pigozzi, il élabore et valorise l’une des premières collections dédiées – Contemporary African Art Collection – avant de s’impliquer directement sur le terrain du marché avec une galerie.

Depuis lors, le marché de l’art africain contemporain s’est peu à peu défini dans le mouvement d’un nouveau paradigme et des perspectives de croissance économique du continent ; les artistes issus de pays africains, ou de la diaspora, infusent et se diffusent grâce à une multiplication d’expositions à travers le monde dont Africa Remix (1997) conçue par Simon Njami, l’ancien co-directeur de la Revue Noire, pour le Centre Pompidou, qui circule ensuite à Londres, Tokyo, Johannesburg. Dans le cadre des grands événements internationaux d’influence, les premières fois sont encore proches : en 1990 le ghanéen El Anatsui est le premier artiste à être invité à la Biennale de Venise; en 2002 Okwui Enwezor d’origine nigérienne prend la direction de Documenta; en 2007, création du pavillon africain pour la 52e Biennale de Venise… Des acteurs d’influence et prescripteurs du marché de l’art africain contemporain sont aujourd’hui actifs dans l’écosystème international : des artistes portant une réflexion puissante au fil des biennales internationales, sont reconnus par le marché, comme entre autres Julie Mehretu, Marlene Dumas, Chris Ofili, Pascale Marthine Tayou ou Barthélémy Toguo…

Une nouvelle génération de collectionneurs est maintenant issue du continent et des fondations privées s’inscrivent dans un mouvement pédagogique. À Londres, la Tate Modern y consacre un département financé par la Guaranty Trust Bank, tandis qu’une foire spécialisée 1 : 54 apparaît dans la cartographie des foires du monde. Des concepts d’expositions inédits, Beauté Congo à la fondation Cartier en 2015, ou Making Africa, a continent of contemporary design au Vitra Design Museum (Weil-am-Rhein en Allemagne) éclairent et amplifient un esprit propre au continent africain, un espace en vie, en flux tendu, en expérimentation. Une ligne universelle.

Remerciement à Philippe Boutté pour la transmission de son mémoire « L’art contemporain africain et le marché de l’art », 2007.

Nina Rodrigues-Ely
Publié le 14/12/2016
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Chéri Samba, La Destruction du monde par l'homme © Galerie MAGNIN-A, Paris & Chéri Samba Exposition Beauté Congo at Fondation Cartier © Fondation Cartier Foire 1:54 at Pioneer Works NY 2015 © Pioneer Works NY 2015 Vue de l'exposition Making Africa A Continent of Contemporary Design © Vitra Design Museum, Mark Niedermann

Chéri Samba, La Destruction du monde par l’homme
© Galerie MAGNIN-A, Paris & Chéri Samba

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