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Ai Weiwei, artiste-gourou

Art contemporain | Son passeport restitué, Ai Weiwei fait résonner sa liberté de mouvement retrouvée en prise idéologique sur l’opinion occidentale et internationale. Son activisme au centre d’une communication pointue et d’un usage virtuose des médias sociaux, il développe une stratégie d’influence, entrainant le rôle de l’artiste vers une nouvelle dimension : celle d’artiste-gourou.

Ai Weiwei au Bon Marché © Patrick Kovarik / AFP
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Ai Weiwei au Bon Marché
© Patrick Kovarik / AFP

Ai Weiwei est sur tous les fronts depuis la levée de son assignation à résidence. Professeur à l’Universität der Kunste de Berlin et activement impliqué dans la crise des réfugiés, l’artiste chinois qui dispose d’un studio en Allemagne et à Lesbos, multiplie les projets en une cadence quasi frénétique : exposition à la Royal Academy, intervention dans le grand magasin parisien Le Bon Marché, à la Fondation Louis Vuitton... Ai Weiwei s’empare de l’espace médiatique et enflamme l’opinion avec une photographie présentée lors de la Indian Art Fair ; tel un jeu de rôle, il réinterprète la photo du petit Aylan Kurdi mort sur la plage prise par la photographe turque Nilüfer Demir. La polémique engendrée par cette superposition d’images dont il se place en protagoniste démontre à elle seule le manichéisme des sentiments inspirés par Ai Weiwei. Logique spéculative pour les uns ou lanceur d’alertes pour les autres, l’artiste chinois parvient à développer un écosystème qu’il entretient avec virtuosité.

Hyperactif sur Twitter (314k abonnés pour 127k publications) et Instagram (216k abonnés pour environ 10k publications), Ai Weiwei dispose d’une communauté fidèle et réactive, « viralisant » chacune de ses actions : En 2011, lorsque les autorités chinoises l’accusent de fraude fiscale, des dizaines de milliers d’individus se mobilisent pour participer au remboursement des 1.7 millions d’euros exigés par le Trésor Public. En signe de protestation à la confiscation de son passeport, les hashtags #FlowersForFreedom et #WithFlowers envahissent la toile. Quand une enquête l’accuse d’acte de pornographie, des internautes lance la campagne de soutien ‘Ai Wei Fans’ Nudité — Listen, Chinese Government : Nudité is not Pornography” où ils posent et se photographient nus. Récemment, suite au refus de Lego Group de lui fournir une grande quantité de briques pour la réalisation d’une œuvre, Ai Weiwei lance une campagne de don sur Instagram, provoquant une polémique internationale qui fait finalement plier la société danoise.

Il est à noter le label “artiste-dissident” ou « artiste-activiste » ancré dans l’imaginaire collectif comme dans le langage de la presse quand l’artiste est évoqué. Un abus sémantique récurrent qui fait oublier les conséquences du statut de dissident en Chine dont sont toujours victimes des intellectuels comme Liu Xiaobo qui purge une peine de 11 ans de prison pour « subversion ».

Vincent Kozsilovics
Publié le 19/02/2016
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Ai Weiwei au Bon Marché © Patrick Kovarik / AFP Ai Weiwei à la Royal Academy © Leon Neal/AFP/Getty Images Portrait of Ai Weiwei in his Berlin studio by Wolfgang Stahr for Artsy © Artsy and Wolfgang Stahr Ai Weiwei, lors de l'inauguration de 'Er Xi, Air de jeux' le 16 janvier 2016 au Bon Marché à Paris © ISA HARSIN/SIPA

Ai Weiwei au Bon Marché
© Patrick Kovarik / AFP

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