Tendance à suivre

Typologie de la création

Art contemporain | La libération de l’intérêt pour l’art, l’explosion du nombre d’artistes et des formations, la mutation du marché de l’art, l’ère du « Tous artistes » ou du « Mass Art » contribuent à modifier le rapport à l’art, à l’œuvre et à troubler la manière dont est perçue la création et l’artiste. Signalétique.

Anthony McCall, Line describing a cone, 1973 © Anthony McCall
Anthony McCall, Line describing a cone, 1973
© Anthony McCall

La démocratisation de l’art s’accroît dans le sillage de la prépondérance de l’image, langage phare des réseaux sociaux, et modifie le rapport à l’œuvre d’art. Le « partage de soi », le participatif, « voir une expo », les manifestations populaires type « Nuit blanche », le « selfie » ou simplement « liker » une image, c’est faire partie d’un grand mouvement. Les œuvres que l’on partage sont des représentations que l’on comprend, qui expriment un inconscient collectif, font vivre une expérience, génèrent de l’émotion rapide ou de l’empathie. On aime sans le savoir les allégories du temps présent, les simulacres ou les grotesques, la performance théâtralisée... Ces formulations artistiques vulgarisées parlent en direct à la société, elles exorcisent les peurs collectives. Les réseaux sociaux cristallisent ainsi un immense besoin d’expression de soi qui semble être un symptôme : se démarquer, exister, laisser une trace par peur de disparaître. De ce maëlstrom générationnel, la réputation de l’artiste s’est valorisée auprès du grand public jusqu’à la libéralisation de ce terme appliqué au plus grand nombre ; mais si le plus grand nombre exprime sa fibre artistique, tout le monde n’est pas un artiste.
A partir de cet arrière plan sociologique contemporain, traçant une signalétique de la création, il serait judicieux de bien distinguer : 1° Les aspirations récréatives ou l’expression égo centrée d’une créativité; 2° Les créatifs ou la formulation des tendances déjà apparues, 3° Les créateurs ou la formulation d’une sensibilité au monde; 4° Les créateurs communicants ou le développement d’un système commercial ou d’influence;
5° En regard de cet « open space » , l’artiste - au sens moderne du terme - reste un être complexe dont le travail s’apparente à celui d’un expérimentateur qui arpente en permanence le terrain de l’inconnu ou de l’inconscient; ainsi devient-il un sismographe de transformations invisibles au prix d’une mise en danger : avancer en pionnier, c’est se départir du poids de la culture.
La mondialisation, les nouvelles technologies, la société de communication portent une multitude de ces allégories du temps présent - en correspondance avec le réel - qu’elles soient identitaires, engagées, sociologiques, critiques... une forme généralisée souvent réactivée dans la transition des changements de civilisation (Maniérisme aux Temps Modernes, Pompier à la Révolution industrielle). Ainsi l’artiste au sens occidental du terme, celui qui manifeste un réel en devenir, l’artiste Shaman Showman comme le signifiait Alighiero &Bœtti - serait-il un spécimen en voie de disparition dans ce nouvel écosystème - libéralisation du regard porté sur l’art, prolifération de propositions créatives, accession d’une nouvelle classe d’acheteurs.

Nina Rodrigues-Ely
Publié le 11/06/2014
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Anthony McCall, Line describing a cone, 1973 © Anthony McCall

Anthony McCall, Line describing a cone, 1973
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