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L'iPhone, le concept, le vitrail

Art & entreprise | Avec « Nouvelles histoires de fantômes » , l’exposition de Georges Didi-Huberman au Palais de Tokyo, osons un pas de côté. Pour brosser en quelques traits, en regard de la logique du vitrail, un portrait de l’objet usuel dont chacun mesure aujourd’hui la place prépondérante : l’I-Phone.

Exposition
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Exposition "Nouvelles Histoires de fantômes", Palais de Tokyo, Paris
© André Morin

Le lieu du sacré dans l’architecture chrétienne s’est au fil du temps élargi de l’autel à l’espace de l’église. Puis au périmètre de son enceinte, jusqu’à intégrer, à la fin du Moyen-Age, celui de la procession, alentour de l’édifice. Cependant le volume de l’architecte en reste le métronome et le vitrail le point d’orgue. Un vitrail se lit de l’intérieur de l’église, lui apportant la lumière, qui simultanément lui est image. Le monde extérieur espace profane lui est boite noire et horizon, que pointe avec ironie et gourmandise les gargouilles. Des petites chapelles bretonnes aux grandes cathédrales, le génie de l’architecture chrétienne est dans cette dialectique entre espace sacré et espace profane, avec la lumière et sa conversion par la couleur pour point de passage.

L’iPhone, icône de ce début de millénaire, n’est pas l’objet le moins ambigüe. Mise en abîme du principe dialectique à l’œuvre dans l’architecture religieuse, l’iPhone peut aussi être lu comme son ersatz. Le temps de la pomme croquée est à la chapelle portative, la cathédrale de poche... Une dialectique l’accompagne, inversée, qui oppose le profane au sacré. D’une part, les icônes colorées à l’œuvre à l’écran, ouvertures sur des mondes en devenir, de même que les vitraux portent le récit chrétien. D’autre part, la boite noire, belle, secrète, mystérieuse, défendue. Chaque client de la marque sait combien cet espace lui est interdit, lorsqu’en cas de nécessité l’accès à ce nouveau tabernacle n’est rendu possible que dans l’enceinte autorisée. Pour comprendre le monde Apple il faut en saisir le concept. Cette logique de l’interdit est consubstantielle au « concept », de même que dans la Bible croquer la pomme est l’interdit.

La scénographie de Nouvelles histoires de fantômes inverse le dispositif de l’iPhone, à l’échelle d’un sol pavé d’imposantes images en mouvement. Ces images sont à observer d’un balcon, avant de pouvoir y déambuler. Ils confèrent encore au lieu l’effet d’une cathédrale de l’art contemporain. Alors, par le choix des images qu’il propose au regard (Pasolini, Paradjanov, Eisenstein, etc.), à l’hédonisme « surf » Apple/Pomme, Georges Didi-Hubermann oppose le Pathos, avec le sublime tragique de la vie devenu obsolète.

Dominique de Varine
Publié le 14/05/2014
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Exposition “Nouvelles Histoires de fantômes“, Palais de Tokyo, Paris © André Morin Apple © DR Dieu demande des comptes à Adam et Ève, Adam et Ève chassés du Paradis (1280-1340) © Photo : Pierre Kessler Vue des vitraux de la 4e travée et de l’abside de la Sainte Chapelle © DR Vue de l’exposition de Georges Didi-Huberman et d’Arno Gisinger ’Nouvelles Histoires de fantômes’, Palais de Tokyo, Paris © Photo: André Morin Vue de l’exposition de Georges Didi-Huberman et d’Arno Gisinger ’Nouvelles Histoires de fantômes’, Palais de Tokyo, Paris © Photo: André Morin

Exposition "Nouvelles Histoires de fantômes", Palais de Tokyo, Paris
© André Morin

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