Signe à capter

Le Japon, place géoculturelle en devenir

Marché de l'art | À l’heure où le marché de l’art global se structure autour de multiples places locales et régionales, le Japon précise sa politique culturelle par des mesures visant à développer son marché domestique et se positionner face aux poids lourds que sont les USA, la Grande-Bretagne et la Chine.

Vue de la foire Art Tokyo 2017 © Courtesy of Art Tokyo Association
Vue de la foire Art Tokyo 2017
© Courtesy of Art Tokyo Association

Relayé fin janvier 2018 par le Yomiuri Shimbun, le quotidien généraliste le plus important du Japon, le gouvernement japonais entend mettre en œuvre dès le mois d’avril 2018 une politique destinée à stimuler et promouvoir la création contemporaine nippone. Les grandes lignes de ce projet consistent en l’analyse des marchés étrangers, le développement de réseaux avec les institutions étrangères et la cartographie à l’aide de curateurs spécialement nommés de la scène contemporaine nationale. Son objectif, créer un cadre prospectif sur la collaboration entre les musées d’art contemporain et l’Agence pour les Affaires culturelles du pays afin d’accentuer la diffusion d’œuvres d’artistes nationaux au sein des galeries, foires et collections étrangères. 

À travers ces nouvelles dispositions, le Japon entreprend une transformation profonde de son marché domestique jusqu’alors sous-exploité en tant que composante importante de son économie globale. Elles témoignent également de la volonté du gouvernement d’accroître son influence, aujourd’hui marginale, comme place géoculturelle forte.
Selon le rapport Art Basel / UBS 2017, le marché de l’art japonais représentait en 2016 moins de 1% du total des ventes d’art estimé à 56,6 milliards de dollars, loin derrière le trio de tête USA - Grande-Bretagne - Chine qui cumulent à eux seuls 81% du total. La structure du marché de l’art japonais, toujours largement dominé par les galeries, oblige toutefois à relativiser ce résultat. Selon le Japanese Art Industry Market Research Report 2016 réalisé par la Art Tokyo Association propriétaire de Art Fair Tokyo, il représenterait la même année environ 2,4 milliards de dollars (243,1 milliards de yens)  ; les galeries et les grands magasins se partageant respectivement 33% et 26% de ce résultat, devant les foires d’art (7%).

Par ailleurs, l’auteure de l’article Eriko Fuchigami le souligne avec pertinence, parmi les mouvements et groupes d’artistes importants que compte l’histoire de l’art japonais, plusieurs d’entre eux doivent leur reconnaissance internationale à des acteurs occidentaux. La popularité d’artistes issus de l’Ukiyo (“Monde flottant” - 1603-1868) résulte de l’intérêt de collectionneurs tels que Samuel Bing et Emile Guimet ainsi que d’artistes comme Van Gogh, Monet, Gauguin ou Klimt. Quant au Gutai, qualifié de mouvement provincial au Japon durant les années qui suivirent sa création, il doit son statut de mouvement majeur de l’avant-garde japonaise à des acteurs étrangers, en particulier français et états-uniens - le critique d’art Michel Tapié ainsi que la galerie new-yorkaise Martha Jackson - intéressés par les similarités avec l’Art informel en Europe et l’abstraction expressionniste aux États-Unis.

Vincent Kozsilovics
Publié le 10/02/2018
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Vue de la foire Art Tokyo 2017 © Courtesy of Art Tokyo Association

Vue de la foire Art Tokyo 2017
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