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Analysis out of the box

Prospective marché: le cas Takesada Matsutani

Analysis out of the boxArt Market | (Being Translated) Né en 1937 à Osaka, Takesada Matsutani développe depuis une cinquantaine d’années un travail complexe, entremêlant l’univers de la peinture traditionnelle japonaise, l’esprit avant-gardiste du Gutai et des affinités avec les recherches contemporaines du Hard-Edge. Artiste majeur de la scène contemporaine japonaise, il acquiert toutefois une reconnaissance internationale tardive et un impact sur le marché significatif seulement depuis l’année 2013. Décryptage.

Takesada Matsutani, Paris, mai 2015 © Elizabeth Young
Takesada Matsutani, Paris, mai 2015
© Elizabeth Young

Les repères à savoir

Takesada Matsutani appartient à une génération d’artistes nés sous le militarisme japonais. Entre la Seconde Guerre mondiale et l’occupation américaine, il assiste aux profondes mutations qui touchent tous les pans de la société, surtout économiques et culturels. Après une période de contrôle et de censure militaire, une effervescence artistique s’installe dans un pays où tout est à reconstruire.

- Formé à la peinture traditionnelle japonaise à l’École Municipale des Arts et Métiers d’Osaka puis en autodidacte, il rencontre à 22 ans l’artiste Sadamasa Motonaga, l’un des membres fondateurs du Gutai et premier contact avec le mouvement japonais d’avant-garde d’après-guerre. Initialement écarté du groupe par Jirô Yoshihara, il intègre officiellement le mouvement en 1963, après une profonde remise en question de sa pratique artistique. Jusqu’à la dissolution du groupe en 1972, il prend part à toutes les manifestations organisées par les membres du Gutai.

Takesada Matsutani (à gauche) et Jiro Yoshihara (à droite) durant la première exposition personnelle de Matsutani à la Pinacothèque Gutai de Osaka en 1963 © Courtesy Hauser & Wirth
Takesada Matsutani (à gauche) et Jiro Yoshihara (à droite) durant la première exposition personnelle de Matsutani à la Pinacothèque Gutai de Osaka en 1963
© Courtesy Hauser & Wirth

- À 29 ans, il remporte le prix de l’Institut franco-japonais de Tokyo ainsi qu’une bourse d’études de 6 mois en France. Après un voyage à travers l’Europe, il s’installe définitivement à Paris et intègre en 1967 l’Atelier 17 de Stanley William Hayter dont il deviendra l’assistant 2 ans plus tard.

- De nombreuses influences tissent l’œuvre de Takesada Matsutani, de la culture traditionnelle japonaise à l’art occidental. Son implication dans le Gutai accompagne les expérimentations qu’il mène autour de la colle vinylique, l’un de ses matériaux de prédilection. Des années vécues à l’Atelier 17, sa pratique s’étend à la gravure et à la sérigraphie. Depuis la fin des années 1970, il conçoit également des installations souvent in situ.

- Après la manifestation collective A Visual Essay on Gutai chez Hauser & Wirth New York en 2012, la galerie zurichoise qui le représente depuis 2013 lui consacre la même année sa première exposition personnelle à Londres. Dans un même temps, il participe à Gutai : Splendid Playground au Guggenheim Museum en 2013, une exposition prépondérante et déterminante dans la notoriété acquise par les artistes du Gutai sur le marché global.

Les signes de changement en quelques chiffres

L’analyse des 243 mises aux enchères publiques entre 2007 et 2018, toutes maisons de ventes confondues, témoigne d’un renouvellement de marché récent.

En 12 ans, les ventes des œuvres de Takesada Matsutani atteignent un total de 3.092.336$, entre les estimations variant entre 2.414.655$ et 3.519.630$, selon la répartition suivante :
- 87 lots adjugés au-dessus des estimations hautes, soit 36%;
- 89 adjudications entre les estimations, 37%;
- 10 ventes inférieures aux estimations basses, 4%;
- 56 ravalements, 23%.

Le marché de l’artiste se décompose en 2 périodes distinctes :
- Jusqu’en 2011, sa présence en ventes aux enchères est faible en volume comme en valeur; le nombre de ravalements est important et la majorité des ventes ne dépasse pas la barre des 2.000$.
- Les signes de mutation que l’on observe à partir de 2012 se confirment dès l’année suivante. Sur les 18 lots proposés aux enchères au cours de l’année 2013, aucun ravalement n’est enregistré et plusieurs ventes dépassent de loin les estimations hautes parmi lesquelles Untitled (Paris) (2 works) (1986) adjugée 22.500$ (est. 1.000 - 2.000$) ; Multiplication 65 (1965) vendue 99.199$ (est. 14.561 - 19.415$) et Work 65-W (1965) adjugée 156.091$ (est. 50.279 - 70.390$).

Depuis l’année 2012, son marché se structure et s’amplifie progressivement, avec un volume d’œuvres proposées aux enchères en constante progression et une proportion annuelle de ravalements faible et stable, entre 0 et 24%.

On constate pour une majorité d’œuvres soumises plusieurs fois aux enchères - au moins 16 pièces sur 21 - des variations de prix à la hausse. L’œuvre Work 65-K (1965) témoigne de la progression de la côte de l’artiste : adjugée en 2008 pour 12.005$ puis en 2012 pour 47.355$ par Augur Auction, cette peinture est vendue en 2015 par Christie’s Hong Kong pour 159.985$.

On observe également un intérêt significatif de la part des collectionneurs pour les pièces historiques, sur le marché des enchères ainsi que sur le premier marché :
- Rapportée au nombre total des mises aux enchères, la part des ventes portant sur les œuvres datées des années 1960 ne représente que 13% (32 sur 243) tandis qu’il occupe en valeur plus de 50% du total (1.559.287$ sur 3.092.336$). Les 10 meilleures ventes concernent par ailleurs exclusivement des œuvres réalisées entre 1960 et 1965 avec pour record actuel La Propagation Rouge - 1 (1965) vendue par Shinwa Auction Co. le 16 avril 2016 pour 229.789$ (est. 229.789 - 367.663$).
- Parmi les participations à des foires majeures de la galerie Hauser & Wirth qui représente l’artiste depuis 2013, les ventes les plus importantes concernent des pièces datées des années 1960. Les œuvres ‘’Work-B-62’’ (1962) et ‘’La Propagation B (Grise) ’’ (1963) sont respectivement vendues 450.000$ et 475.000$ durant Frieze Masters 2016 et Art Basel 2017.

La tendance actuelle

Si l’intérêt du marché pour Takesada Matsutani s’avère récent, l’artiste compte à ce jour plus de 170 expositions personnelles. Ses œuvres sont présentes dans des musées majeurs parmi lesquels le Centre Pompidou et le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, le Guggenheim Museum ainsi que plusieurs institutions japonaises, dont le National Museum of Modern Art de Tokyo et le National Museum of Contemporary Art d’Osaka. Par ailleurs, plusieurs collections privées intègrent également des travaux de l’artiste : La Chase Manhattan Bank, Philip Morris, IBM France...

Depuis 2013, on observe un développement d’événements auxquels participe Takesada Matsutani. Parmi les plus importants, il est invité en 2017 à réaliser une installation in situ lors de la 57e Biennale de Venise Viva Arte Viva conçue par Christine Macel. Enfin, des projets à venir, ses œuvres seront exposées fin 2018 à la galerie Hauser & Wirth Somerset.

Takesada Matsutani, Stream à la 57e Biennale de Venise ‘’Viva Arte Viva’’ © Takesada Matsutani
Takesada Matsutani, Stream à la 57e Biennale de Venise ‘’Viva Arte Viva’’
© Takesada Matsutani

Le point de vue de l’Observatoire de l’art contemporain

Figure majeure de la seconde génération du Gutai, on retrouve chez Takesada Matsutani une situation de marché commune à plusieurs artistes ayant appartenu au mouvement japonais d’avant-garde d’après-guerre : une reconnaissance internationale tardive et un marché stimulé par les pièces réalisées au cours des années 1960.

L’implication de la galerie Hauser & Wirth est intimement liée au dynamisme récent du marché de Takesada Matsutani. Depuis 2013, 4 expositions personnelles ont eu lieu dans les espaces de la galerie zurichoise : à Londres, New York, Zurich et Los Angeles.

Vue d'installation de Stream, ''Takesada Matsutani. A Matrix'', 2013 © Courtesy Hauser & Wirth; © Takesada Matsutani
Vue d'installation de Stream, ''Takesada Matsutani. A Matrix'', 2013
© Courtesy Hauser & Wirth; © Takesada Matsutani

La cohérence entre le premier et le second marché, la présence de l’artiste dans de nombreuses collections publiques et privées ainsi que la progression constante de la cote de l’artiste depuis 2013 laisse envisager une poursuite de cette tendance haussière, libre de tout effet de mode ou de mouvement spéculatif toxique.

Vincent Kozsilovics
Publié le 21/07/2018
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Takesada Matsutani, Paris, mai 2015 © Elizabeth Young

Takesada Matsutani, Paris, mai 2015
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