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Analysis out of the box

Les centres commerciaux et l'art

Analysis out of the boxArt & Business | (Being translated) Dès le début du XXe siècle, les grands magasins et l’art se sont entrecroisés. Aujourd’hui, plus que de simples initiatives sporadiques, des centres commerciaux font entrer l’art, l’exposition, la collection ou l’installation scénographiée dans l’univers de la consommation. Tour d’horizon de cas significatifs, entre stratégies de communication, diffusion de valeur de la marque et divertissement.

Médiacité © Courtesy of Ron Arad Architects
Médiacité
© Courtesy of Ron Arad Architects

Les Grands magasins dans l’air du Luxe

Le Bon Marché, premier grand magasin au monde à voir le jour, ouvre ses portes en 1852 à Paris, sous l’impulsion du couple Aristide et Marguerite Boucicaut qui, visionnaire, défend l’idée d’« un commerce nouveau, invitant à l’explosion de tous les sens. » Dès sa création, l’espace du Bon Marché accueille parmi ses rayons des œuvres d’art issues de la collection de son fondateur.
Aujourd’hui, la collection exposée dans l’ensemble du magasin réunit plus de 80 pièces d’art contemporain, initiée dès la fin des années 1990 par l’ancien PDG Philippe De Beauvoir et depuis étendu par Patrice Wagner au mobilier du XXe et du XXIe siècle. Depuis 2016, pendant la période des soldes de janvier, une carte blanche est donnée à un artiste international pour s’emparer et redessiner l’espace du grand magasin à travers des environnements spectaculaires et événementiels. Ai Weiwei en 2016 dissémine des créatures volantes tout droit sorties de contes chinois « Shanhaijing », Chiharu Shiota en 2017 avec des sculptures de fils blancs entremêlés et d’installations immersives; puis en 2018, Leandro Erlich avec ses fantasmagories illusionnistes, tordant et inversant la réalité pour avoisiner l’au-delà du paradis.

Exposition 'Sous Le Ciel', Leandro Erlich au Bon Marché Rive Gauche © Gabriel de La Chapelle
Exposition 'Sous Le Ciel', Leandro Erlich au Bon Marché Rive Gauche
© Gabriel de La Chapelle

Si le Bon Marché consacre une place de choix à l’installation scénographiée, les Galeries Lafayette à Paris et la Fondation Aïshti à Beirut intègrent l’art en y consacrant des espaces d’exposition à part entière.

Guillaume Houzé, Directeur de l’Image et de la Communication des Galeries Lafayette et du BHV Marais poursuit l’histoire et la vocation de sa grand-mère Ginette Moulin, petite-fille de Théophile Bader, qui expose dès 1946 des œuvres de Nicolas de Staël ou Alberto Giacometti dans le grand magasin.

En 2005, La Galerie des Galeries prend place au premier étage, non loin des rayons de marques de luxe. Cet espace d’exposition - non marchand - de 300 m2 fonctionne selon une programmation annuelle de quatre expositions autour de la création française et internationale. En 2013, la politique de mécénat artistique se précise à travers le Fonds de dotation Famille Moulin présidé par Ginette Moulin elle-même. Fort d’un ensemble de 200 œuvres, il s’inscrit aux côtés de la Fondation d’entreprise Galeries Lafayette. En mars 2018, le groupe Lafayette se dote d’un espace entièrement dédié à l’art et délocalisé dans le marais. Guillaume Houzé confie la réalisation architecturale à Rem Koolhaas et son agence OMA; la Fondation Lafayette Anticipations, entité du groupe, est pensée comme un laboratoire mixant ateliers de production et espaces d’exposition. Elle accueille des créateurs internationaux issus de l’art contemporain, du design et de la mode.

Vues de l'exposition Lutz Bacher, The Silence of the Sea, 10 mars - 30
avril 2018 Lafayette Anticipations – Fondation d'entreprise Galeries
Lafayette © Delfino Sisto Legnani & Marco Cappelletti
Vues de l'exposition Lutz Bacher, The Silence of the Sea, 10 mars - 30 avril 2018 Lafayette Anticipations – Fondation d'entreprise Galeries Lafayette
© Delfino Sisto Legnani & Marco Cappelletti

La fondation Aïshti ouverte en 2015 à Beyrouth et propriété de l’homme d’affaires et collectionneur libanais Tony Salamé propose également un modèle mêlant l’art au luxe et au commerce. Conçu par l’architecte David Adjaye, le bâtiment s’étend sur 35.000 m2 et abrite divers restaurants, un centre commercial, des boutiques de luxe et surtout, un musée.
Cet espace d’exposition de 4.000 m2 accueille la collection de son fondateur, environ 2.500 pièces dont la direction artistique est assurée par Massimiliano Gioni, curateur de la 55e Biennale de Venise.

Fondation Aïshti © Guillaume Ziccarelli / Aïshti
Fondation Aïshti
© Guillaume Ziccarelli / Aïshti

Museum Retail ou l’art du shopping

Aux côtés des marques qui ajoutent à leur image mode et luxe un impact création, il y a le concept du centre commercial où l’aspect muséal en constitue le poumon.
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Le NorthPark Center à Dallas

Ouvert au public en 1965, le NorthPark Center à Dallas est pensé dès le départ comme un centre commercial croisant lieu de vie et d’art.

À l’initiative de cet espace de 218.000 m2, le couple de collectionneurs américains Raymond Nasher (1921-2007) et Patsy Nasher (1928-1988).
Ils bâtissent tout au long de leur vie une collection très orientée vers la sculpture, des pièces d’art pré-colombien dans les années 1950, aux sculptures d’artistes comme Jean Arp, Henry Moore, Barbara Hepworth, Joan Miró, Alexander Calder dans les années 1960 avant de s’ouvrir aux artistes contemporains dans les années 1980, Claes Oldenburg, Richard Serra, Donald Judd, Roy Lichtenstein, Anish Kapoor, Richard Deacon, Jeff Koons...
Le couple utilise le centre commercial comme espace d’exposition global, intégrant des œuvres de leur collection aussi bien en intérieur qu’en extérieur.

Aujourd’hui, leur fille Nancy Nasher et son mari David J. Haemisegger, copropriétaires du NorthPark Center et membres du comité de direction du Nasher Sculpture Center - un musée créé en 2003 par Raymond Nasher et conçu par l’architecte italien Renzo Piano - poursuivent la vision du patriarche en complétant la collection de la famille et en tissant des partenariats avec des collections privées.

Art by Henry Moore © NorthPark Center
Art by Henry Moore
© NorthPark Center

Le cas K11 à Shanghai

Adrian Cheng, jeune entrepreneur chinois diplômé d’Harvard, ancien cadre chez UBS et Goldman Sachs, développe en Chine la marque K11, des centres commerciaux dont l’objectif est de faire interagir l’art et le négoce. Inauguré en 2009 à Hong Kong, le premier K11 est suivi dès 2013 par une version à Shanghai. Toutefois, à la différence de son ainé hongkongais, le K11 de Shanghai s’envisage comme un « lifestyle art malls ». L’architecture du bâtiment s’appuie sur des courbes fluides et un design soucieux des préocupations écologiques; le tout étant imaginé afin que les expositions et les œuvres d’art soient pleinement intégrées dans l’espace du grand magasin.

K11 s’inscrit dans une galaxie Art tissée par Adrian Cheng qui affirme les liens entre ses centres commerciaux et l’art. En 2010, il crée la K11 Art Foundation, une structure dirigée vers la promotion et le soutien de jeunes créateurs chinois et déclinée en diverses entités : le K11 Workshops, le K11 Art Village ou bien des résidences d’artistes comme le K11 Artist-in Residence Program ou le K11 Artist Klub. Par le biais de cette fondation, il finance l’exposition Inside China - L’intérieur du Géant au Palais de Tokyo avec lequel il signe un contrat de collaboration de 3 ans. En 2015, il tisse un partenariat de 3 ans avec le Centre Pompidou qui vise à explorer les nouvelles tendances et la diversité des scènes artistiques contemporaines chinoises. En 2017, la K11 Art Foundation et le MoMA PS1 co-présentent l’exposition « .com/.cn ».

L’ambition d’Adrian Cheng est d’ouvrir d’ici 2023 des projets K11 dans 9 villes de Chine. Des “art-malls”, “art-offices”, “art-residencies” qui bousculent l’expérience traditionnelle de l’art dans les musées et les lieux d’exposition “à l’occidental”.

Vue de l’installation Love.Sweet. Life de Choi Jeong Hwa à K11 Hong Kong © K11 Hong Kong
Vue de l’installation Love.Sweet. Life de Choi Jeong Hwa à K11 Hong Kong
© K11 Hong Kong

Le cas Parkview Green à Pékin

Inauguré en 2009, propriété du conglomérat d’entreprises privées Parkview Group, le Parkview Green regroupe sur une surface de 200.000 m2 un centre commercial, un hôtel et surtout, un musée situé au 10e étage de l’édifice. Fondé par George Wong, collectionneur et président de Parkview Group jusqu’en 2017, le Parkview Green Museum est une institution privée à but non lucratif qui en plus de disposer d’un espace d’exposition de 4.000 m2 est impliquée dans la recherche et l’éducation. En 2017, le groupe ouvre un musée à Singapour, au cœur du Parkview Square.

La collection du groupe rassemble la plus grande proportion d’œuvres de Salvador Dali hors d’Espagne, et environ 10.000 pièces d’artistes chinois et internationaux. En plus des musées, le Parkview Group est à la tête de nombreux projets, en Asie et en Europe, ainsi que de plusieurs galeries d’art situées à Pékin, Shanghai, Hong-Kong et Taipei.

Challenging Beauty - Insights into Italian Contemporary Art © Courtesy du Parkview Museum
Challenging Beauty - Insights into Italian Contemporary Art
© Courtesy du Parkview Museum

Museum Retail à la Française

En 2015 à Cagnes-sur-Mer, le groupe Unibail-Rodamco - propriétaire de 71 centres commerciaux en Europe - et la société Socri inaugurent le centre commercial Polygone Riviera.
Imaginé comme un espace de shopping et de culture à ciel ouvert, ce centre commercial s’appuie sur l’expertise et la direction artistique de Jérôme Sans qui sélectionne 11 œuvres d’artistes français et internationaux tels que Ben, Céleste Boursier-Mougenot, Buren, César, Antony Gormley, Tim Noble & Sue Webster, Jean-Michel Othoniel, Pablo Reinoso, Pascal Martin Tayou et Wang Du. En 2016, le rapprochement avec la Fondation Maeght permet à Polygone Riviera de disposer du prêt de 5 sculptures de Joan Miró - La Caresse d’un oiseau, 1967 ; Personnage, 1970 ; Constellation, 1971 ; Personnage, 1972 ; Monument, 1970.

Wang Du, China Daily, Top 10 Profiles of the Urban Male, 2007 © Polygone Riviera
Wang Du, China Daily, Top 10 Profiles of the Urban Male, 2007
© Polygone Riviera

En 2017, le centre commercial Muse à Metz s’inscrit dans le projet de requalification urbaine du quartier de l’amphithéâtre initiée en 2010 avec l’inauguration du Centre Pompidou-Metz. Situé en face de ce dernier et dessiné par l’architecte Jean-Paul Viguier, Muse appartient à l’entreprise Apsys, une foncière de développement qui gère un portefeuille de 31 centres commerciaux en France et en Pologne.
Apsys a confié à Manifesto (société de conseils stratégiques dédiés aux initiatives culturelles et artistiques des entreprises) la conception, la production et la médiation d’un programme de commandes artistiques. Muse présente ainsi 4 installations permanentes de 4 artistes français Chourouk Hriech, Julio Le Parc, Lionel Estève et Romain Froquet.

Julio le Parc, Polyèdre Bleu au centre commercial Muse, Metz © Apsys Muse, Metz
Julio le Parc, Polyèdre Bleu au centre commercial Muse, Metz
© Apsys Muse, Metz

Les cas de centres commerciaux intégrant l’art comme une valeur ajoutée tendent à se multiplier jusqu’à faire l’objet d’une stratégie de développement urbain « Art et Commerce » pour des quartiers défavorisés. Citons Médiacité à Liège (2009), dans le quartier paupérisé du Longdoz. Créé à l’initiative du promoteur immobilier Wilhelm & Co et racheté fin 2016 par le groupe américain CBRE Global Investors, ce complexe d’activités commerciales prend place à l’intérieur d’une structure imaginée et dessinée par le designer-architecte Ron Arad en collaboration avec Jaspers-Eyers Architects. À mi-chemin entre l’œuvre architecturale et l’installation, cette structure pérenne longue de 360 mètres enveloppe par le biais de ses larges rubans d’acier une partie de l’espace du grand magasin et de sa centaine d’enseignes.

Médiacité © Courtesy of Ron Arad Architects
Médiacité
© Courtesy of Ron Arad Architects

Il convient de noter que les centres commerciaux occupent une place majeure en Asie, notamment au Japon. Selon le Japanese Art Industry Market Research Report 2016 réalisé par la Art Tokyo Association propriétaire de Art Fair Tokyo, les galeries et les grands magasins se partageant respectivement 33% et 26% des ventes intervenues sur le sol japonais, devant les foires d’art (7%). À méditer et à suivre.

Carlotta Montaldo / Vincent Kozsilovics
Publié le 25/06/2018
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Médiacité © Courtesy of Ron Arad Architects

Médiacité
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