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Analysis out of the box

Prospective Marché: le cas Supports/Surfaces

Analysis out of the boxArt Market | (Being Translated) En octobre 1970, dans une société française qui mesure l’ampleur des répercussions de mai 68, une douzaine d’artistes investit le Musée d’art Moderne de la Ville de Paris sous le nom Supports/Surfaces. Ce groupe militant français s’inscrit dans un grand mouvement international de remises en question sociétales et artistiques amorcé dans la reconstruction d’après-guerre.

Vue de l’exposition ‘‘Claude Viallat, Oeuvres Majeures 1967 - 2017‘‘ à la Galerie Ceysson & Bénétière New York © Galerie Ceysson & Bénétière
Vue de l’exposition "Claude Viallat, Oeuvres Majeures 1967 - 2017" à la Galerie Ceysson & Bénétière New York
© Galerie Ceysson & Bénétière

Les repères à savoir

Fondé officiellement en 1970, Supports/Surfaces rassemble à ses débuts 12 membres, la plupart résidant dans le sud de la France, motivés par une démarche commune : la démystification de l’objet artistique à travers la déstructuration du support traditionnel de la peinture.

Marc Devade (1943 - 1983), Patrice Saytour (1935), Claude Viallat (1936), Vincent Bioulès (1938), Daniel Dezeuze (1942), André Valensi (1947 - 1999), André-Pierre Arnal (1939), Louis Cane (1943), Nœl Dolla (1945), Jean-Pierre Pincemin (1944 - 2005), tous interrogent la peinture à leur manière, son processus, son mode de représentation et ses composantes : le cadre, le châssis, la toile et la couleur. Bernard Pagès (1940) et Toni Grand (1935 - 2005) transposent cette même problématique à la remise en question de la relation liant la sculpture à son contexte.

La dissolution précoce du groupe en 1972 et l’impulsion hégémonique du marché américain (Art conceptuel, Art Minimal, Pop-Art...) marginalisent Supports/Surfaces qui ne bénéficie pas d’un impact international malgré un nombre conséquent de manifestations auxquelles participent des membres du groupe, essentiellement en France et en Europe. Ainsi entre 1975 et 2018, on recense plus de 526 expositions collectives où sont présents des artistes issus du groupe originel, en majorité en France (353) et sur le sol européen (475). Les manifestations extra européennes, bien que relativement peu nombreuses - moins de 10% du total - demeurent géographiquement très dispersées : l’Asie, l’Amérique latine, le continent africain, les États-Unis.

À partir de 2012, la galerie Ceysson & Bénétière s’engage dans la défense et la relecture du mouvement en phase avec les tendances actuelles. La même année, les œuvres emblématiques et historiques de chaque artiste sont présentées à la FIAC ; une action, dès le départ, motivée par une stratégie de réévaluation des prix accompagnée d’une politique de diffusion et d’exposition à l’étranger : Genève, Luxembourg, États-Unis...

2014 marque une rampe de lancement sur le continent américain : la galerie Canada à New York présente une exposition Supports/Surfaces dans sa version historique. Cette exposition prescriptrice suscite des projets ultérieurs autour des artistes du mouvement, notamment à Los Angeles dans le centre d’art 356 Mission Road sous le commissariat de Wallace Whitney et à la galerie Cherry & Martin qui représente les artistes Support/Surface depuis cette date.

Les signes de changement en quelques chiffres

L’analyse quantitative porte sur les œuvres proposées en ventes publiques, toutes maisons de ventes confondues, des artistes Claude Viallat, Daniel Dezeuze et Bernard Pages; la période 2012 - 2018 étant privilégiée.

Sur l’ensemble des œuvres proposées aux enchères depuis le début des années 1990, on observe des schémas extrêmes parmi les membres de Supports/Surfaces. Quantitativement, Claude Viallat, Jean-Pierre Pincemin et Louis Cane totalisent respectivement 747, 646 et 1.287 mises aux enchères tandis que Daniel Dezeuze et Bernard Pagès n’en rassemblent “que” 56 et 49.

Des volumes d’œuvres hétérogènes, mais des tendances générales qui se dégagent depuis le début des années 2010. Entre 2012 et 2018, Claude Viallat réalise un taux de vente de 66% (160 lots sur 243) pour un résultat total de 1.578.894$, légèrement supérieur à la somme des estimations basses de 1.447.411$. Daniel Dezeuze atteint les 56% (14 lots sur 25) tandis que Bernard Pagès n’enregistre aucun ravalement sur les 7 lots proposés aux enchères.

En termes de datation, chez ces trois artistes, les œuvres datées des années 1960 et 1970 se distinguent par des prix de vente plus élevés.
- Les œuvres datées des années 1970 de Claude Viallat, en majorité des moyens et grands formats, enregistrent un taux de ravalement relativement faible (8 lots sur 30 soit 27%) et une majorité des adjudications dépassent les estimations hautes (60% des ventes) : sur les 10 signatures les plus cotées entre 2012 et 2018, 5 d’entre elles sont datées entre 1971 et 1974 avec, à la première place, ‘’Colorant sur toile blanche 005’’ (1974) vendue par Piasa le 15 octobre 2015 pour 73.524$ (est. 34.250 - 45.667$).
Les prix médian des œuvres produites au cours des années 1970 et 1980 atteignent respectivement les 10.289$ et 9.359$. En comparaison, il est de 3.364$ pour les années 1960, 6.606$ pour les années 1990, 6.723$ pour les années 2000.
- Daniel Dezeuze ne réalise aucun prix significatif sur le marché des enchères avant la vente Sotheby’s Paris du 24 septembre 2012. Lors de cette vacation qui rassemble des œuvres de la collection Marcel Brient, ‘’Rouleau de bois de placage’’ (1970) s’est vendue pour 16.147$ (est. 12.918 - 16.147$) et une œuvre Sans Titre datée de 1967 est cédée pour 75.377$ (est. 25.836 - 38.754$ - à ce jour, enchère record).
- À propos de Bernard Pages, ce n’est qu’à partir des années 2000 que l’on observe des prix de vente supérieurs à 10.000$, en particulier les sculptures ‘’Quatre cornières à ailes égales pliées en angle droit’’ (1978) et ‘’Murette de briques et tas de barres de bois teinté’’ (1968) adjugées toutes deux 24.998$ chez Piasa le 15 octobre 2015.

Les tendances actuelles

En sept années, le mouvement moribond avant 2012 reprend des couleurs, les œuvres circulant dans les foires internationales comme la FIAC, Freize master Londres, Freize New York, Art Basel Miami, et la reconnaissance du mouvement est en cours aux États-Unis et en Amérique latine.
Ces prochaines années, on observe un développement conséquent de projets autour de Supports/Surfaces comme une importante exposition au Musée de Détroit en 2019 ; le Musée de Philadelphie présente des œuvres de Supports/Surfaces au sein d’une salle consacrée à la scène française.
Parallèlement, en 2017, on constate que de jeunes commissaires français revisitent le mouvement aujourd’hui comme Marie Maertens avec son exposition The Surface of the East Coast au 109 à Nice et Romain Mathieu avec Supports/Surfaces : Les origines 1966-1970 au Carré d’art de Nîmes.
Enfin, le Centre Pompidou réactive en 2016 une salle historique dédiée à Support/Surface, salle qui avait été inaugurée en 2001 puis supprimée. Ce changement de positionnement rompt avec celle où la scène française n’est ni regardée ni reconnue par la scène internationale.

Le point de vue de l’Observatoire de l’art contemporain

La reconnaissance institutionnelle tardive de la France témoigne d’un changement d’époque dans un contexte où la scène française commence à être valorisée par les acteurs du marché international.
La stratégie de la galerie Ceysson & Bénétière s’avère payante : hausse des prix, circulation des œuvres aux États-Unis. Par une action internationale structurelle articulant Foires / Musées / collectionneurs, le marché des artistes de ce mouvement français est en cours de construction; celui de Claude Viallat étant en première ligne.

Vincent Kozsilovics / Nina Rodrigues-Ely
Publié le 31/05/2018
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Version française

Vue de l’exposition “Claude Viallat, Oeuvres Majeures 1967 - 2017“ à la Galerie Ceysson & Bénétière New York © Galerie Ceysson & Bénétière

Vue de l’exposition "Claude Viallat, Oeuvres Majeures 1967 - 2017" à la Galerie Ceysson & Bénétière New York
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