Analyse à décoder

Le cas Takashi Murakami

Analyse à décoderArt & entreprise | Takashi Murakami, originellement spécialisé dans la peinture traditionnelle - Nihonga - depuis ses études à l’université des Arts de Tokyo, est aujourd’hui considéré comme le chef de file du Neo Pop Japonais. Son marché est sous-tendu par une organisation virtuose, un écosystème complexe dont il est le centre, articulé autour de l’art, du luxe, des marques, du cinéma d’animation.

Portrait de Takashi Murakami, photo Claire Dorn © Galerie Perrotin
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Portrait de Takashi Murakami, photo Claire Dorn
© Galerie Perrotin

La filiation Pop de Murakami

L’esprit Néo-Pop japonais des années 1990 s’inscrit dans le sillage de l’après-guerre du Japon marqué par l’occidentalisation et la modernisation effrénée. Sous l’occupation américaine, le pays adopte les codes d’une économie de marché et une vision capitaliste des modes de production. Cette période unique dans l’histoire de l’archipel, caractérisée par une forte croissance économique, voit apparaître une société de consommation de masse et les conditions favorables au développement d’une culture Pop.

Takashi Murakami incarne une génération d’artistes dont l’enfance baigne dans le miracle économique japonais - les “New Breeds”. Depuis sa première exposition personnelle en 1989, Takashi Murakami revendique les lignes d’un art désacralisé, accessible, autonome et représentatif d’une nouvelle culture japonaise. Une “sous-culture” imprégnée des univers du manga et de l’animation, rompant avec une approche de l’art dite élitiste, bourgeoise, marquée de l’influence occidentale. Cette approche de l’art se reflète dans le mouvement Superflat (“flattening”=aplatissement) dont il est l’initiateur. Un mouvement définit par son aspect graphique, des images plates, bi-dimensionnelles, et motivé par l’idée de supprimer les frontières entre tradition et sous-culture, beaux-arts et arts appliqués.

La galaxie Murakami

Animé par la volonté d’universaliser l’expression artistique japonaise, Takashi Murakami fonde en 1989 un espace créatif qu’il baptise sept ans plus tard ’Hiropon Factory’ (référence au médicament éponyme et à la factory de Warhol). Cet atelier devient en 2001 une entreprise commerciale enregistrée sous la dénomination KaiKai Kiki Co Ldt, employant plus de 100 personnes au Japon et aux États-Unis. L’organisation couvre plusieurs domaines, de la production de ses œuvres à leur promotion, le management d’autres artistes tels que Chiho Aoshima, Aya Takano et Chinatsu Ban... jusqu’au soutien de la jeune création.

KaiKai Kiki Co., Ldt © KaiKai Kiki Co., Ldt
KaiKai Kiki Co., Ldt
© KaiKai Kiki Co., Ldt

Ses ateliers à Tokyo et New York agissent en tandem, le premier ciblant le marché japonais et asiatique, le second destiné au marché européen et d’Amérique du nord. Deux ateliers auxquels s’ajoute un troisième espace inauguré en 2003 à Tokyo comme un studio de production d’animations. Dans leur fonctionnement, la réalisation de ses propres œuvres et des nombreux produits dérivés estampillés Murakami est soumise au modèle de relation verticale (transmission de maitre à disciple) omniprésent dans la société japonaise. Murakami, à l’image des célèbres mangakas - les stars de la « sous-culture » -, implique ses assistants dans les différentes étapes du processus de création de ses œuvres.

Plusieurs initiatives de Takashi Murakami soulignent son ambition de promouvoir de jeunes artistes japonais et son rôle de prescripteur d’événements internationaux. Depuis 2002, l’artiste produit sous la tutelle de KaiKai Kiki Co., Ldt la foire transdisciplinaire Geisai destinée à de jeunes artistes dépourvus de galeries. Plus récemment, l’artiste japonais prend part au côté de Pharrel Williams au comité organisateur de la première édition du festival ComplexCon créé par Complex Media, depuis peu propriété de Verizon & Hearst. Une collaboration aux frontières de l’art où se croisent des domaines variés comme la musique, le design ou la gastronomie...

La marque Murakami

Si l’exposition prépondérante Superflat, dont il assure le commissariat au MOCA Los Angeles en 2001, marque un tournant majeur dans la carrière de Takashi Murakami, son esprit créatif se manifeste aussi à travers de constantes collaborations avec des marques.

Issey Miyake Printemps/Eté 2000 Collection Runway © Issey Miyake
Issey Miyake Printemps/Eté 2000 Collection Runway
© Issey Miyake

Dès l’année 2000, l’artiste insère ses globes oculaires « Jellyfish Eyes » dans la collection printemps-été Homme de Issey Miyake. À partir de 2003, Murakami réalise l’une des collaborations emblématiques de sa carrière en insérant des éléments clés de son identité visuelle parmi les fondamentaux de la marque de luxe Louis Vuitton. Cette association entre l’artiste japonais et le directeur artistique de l’époque Marc Jacobs sera à l’origine de la colorisation du classique monogramme beige et marron de la marque, la ligne “Monogram Cerises” en 2005, puis l’imprimé camouflage “Monogramouflage” en 2008. Cette relation art & luxe atteint son apogée en 2007 lorsque Louis Vuitton installe au cœur du MOCA Los Angeles une boutique temporaire, sorte de concept store dédié à l’univers de l’artiste japonais, où est vendu une série limitée de sacs Murakami, la ligne « LV Hands Neverfull ». En 2013, l’artiste travaille avec la marque de maquillage nippone Shu Uemura autour d’une collection éphémère directement inspirée de son film d’animation 6HP présenté trois ans plus tôt lors de l’exposition “Murakami Versailles”. En 2013 également, l’Académie Horlogère des Créateurs Indépendants présente durant la foire de Bâle Death Takes No Bribe, une montre customisée issue de sa collaboration avec l’horloger japonais Hajime Asaoka.

Ces collaborations ne se limitent pas à l’univers du luxe, Murakami exprime également sa vision d’un art « populaire » au travers d’associations avec des marques grand public. En 2015 par exemple, il crée une série limitée de trois écrins pour les sucreries Frisk dont les formes de tête de mort, de fleur et d’œil contraste avec la sobriété du bonbon à la menthe. La même année, la marque Vans fait appel à lui pour la collection Vault by Vans x Takashi Murakami.

La valeur Murakami

L’écosystème Murakami bénéficie du soutien de galeries internationales comme Perrotin, Gagosian et Blum & Pœ. Des institutions d’aura internationale lui ont consacré des expositions monographiques telles que le MOCA, la Serpentine Gallery, le Guggenheim, la Fondation Cartier...

Takashi Murakami, Miss Ko², 1997 © Takashi Murakami
Takashi Murakami, Miss Ko², 1997
© Takashi Murakami

Takashi Murakami est également une figure cotée du marché de l’art. :
- 34e artiste vivant le plus cher selon le classement établi par Artnet en 2016.
- 2.327 lots mis aux enchères pour un total de 74.978.474$ entre 2011 et 2016.
- 33 adjudications millionnaires recensées ces dix dernières années; parmi ses records de vente, les sculptures My lonesome cowboy (1998) et Miss ko² (1997) vendues respectivement par Sotheby’s NYC en 2008 et Phillips de Pury & Company NYC en 2010 pour 15.161.000$ et 6.802.500$.

Vincent Kozsilovics / Carlotta Montaldo
Publié le 14/12/2016
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Portrait de Takashi Murakami, photo Claire Dorn © Galerie Perrotin Takashi Murakami, Robot, 2016 / vue de l'exposition “Learning the Magic of Painting“ à la Galerie Perrotin © 2016 Takashi Murakami/Kaikai Kiki Co., Ltd. All Rights Reserved. KaiKai Kiki Co., Ldt © KaiKai Kiki Co., Ldt Vue du studio Kaikai Kiki Myoshi studio, Japon © All Artworks ©Takashi Murakami/Kaikai Kiki Co., Ltd. All Rights Reserved. Vue du studio Kaikai Kiki Myoshi studio, Japon © All Artworks ©Takashi Murakami/Kaikai Kiki Co., Ltd. All Rights Reserved. Vue du studio Kaikai Kiki Myoshi studio, Japon © All Artworks ©Takashi Murakami/Kaikai Kiki Co., Ltd. All Rights Reserved. Vue de l'exposition Superflat, 2001 au MOCA Pacific Design Center © Courtesy of The Museum of Contemporary Art, Los Angeles, photo by Brian Forrest Vue de l'exposition Superflat, 2001 au MOCA Pacific Design Center © Courtesy of The Museum of Contemporary Art, Los Angeles, photo by Brian Forrest Takashi Murakami, My lonesome cowboy, 1998 © Takashi Murakami Takashi Murakami, Miss Ko², 1997 © Takashi Murakami ComplexCon, Design by Takashi Murakami © Complex Media Issey Miyake Printemps/Eté 2000 Collection Runway © Issey Miyake Louis Vuitton Monogram Cerises Speedy 25 Satchel Handbag © Louis Vuitton Monogram Cerises Speedy 25 Satchel Handbag Louis Vuitton Limited Edition Speedy 35 Monogramouflage Handbag © Louis Vuitton Louis Vuitton, Monogram Murakami Moca LV Hands Neverfull GM © Louis Vuitton Shu Uemura et Takashi Murakami Christmas 2013 Makeup Collection © Shu Uemura Hajime Asaoka / Takashi Murakami, Death Takes No Bribe, 2013 © Hajime Asaoka Murakami for Frisk, 2015 © Kaikai Kiki Co., Ltd. Vans Vault x Takashi Murakami © Vans

Portrait de Takashi Murakami, photo Claire Dorn
© Galerie Perrotin

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