Analyse à décoder

Cas de collectionneur : Giulana & Tommaso Setari

Analyse à décoderArt contemporain | « L’art nous habitue à la beauté, à la rigueur, au maintien. » Pour les Setari, la proximité de l’art et des artistes participe à la construction de soi, à une initiation qui préfigure une vision ample du monde. Tommaso grandit à Rome entouré d’artistes proches de ses parents qui en collectionnaient les tableaux. Giuliana passe son enfance à Pescara, y poursuit des études de lettres, d’histoire de l’art, suit des cours sur la peinture flamande, fréquente des galeries d’art.

Giuliana Setari Causi devant «Asymmetrical Pyramid», 1986, de Sol LeWit © Philippe Sebirot
Giuliana Setari Causi devant «Asymmetrical Pyramid», 1986, de Sol LeWit
© Philippe Sebirot

Le déclic

Son premier émoi artistique a lieu en 1976 lors d’une exposition dans une ancienne prison : une œuvre au sol d’Ettore Spalletti, du pur pigment bleu, une vision sensible de ciel qui l’amènera aussitôt à rencontrer l’artiste dans son atelier. Tommaso et Giuliana se rencontrent à Bruxelles en 1977. Elle fait un stage à la direction de la culture de la Commission européenne, lui « dirige la salle des marchés d’une grande banque japonaise ».

La première œuvre

En 1979, deux ans après leur rencontre, les Setari ont un coup de foudre pour une œuvre de Gerhard Richter, Abstract Painting 449/2, à la Galerie Mario Pieroni à Rome. « Cette acquisition a été importante parce qu’elle a orienté celles qui allaient suivre, mais aussi parce que nous avons rencontré l’artiste. »

La collection

Elle s’envisage dans une cartographie de 18 pays, 45 villes, 66 musées et centres d’art. La démultiplication de leurs lieux de vie à Rome, Milan, Capri, New York, Bruxelles ou Paris formule les éléments constitutifs d’un seul univers, architecturé par des œuvres, acquises ou commandées, fruits d’un dialogue nécessaire avec les artistes ; un « wall drawing » de Sol LeWitt (Asymmetrical Pyramid, 1986) réactive les fresques antiques, une œuvre de Vettor Pisani (Edipo Psicopompo,1986) révèle l’envers ailé de la conscience, les miroirs de Pistoletto replacent l’humain dans l’abyme des possibles... À travers leurs innombrables œuvres, installées chez eux ou prêtées aux musées, les Setari sont « collectionneurs d’artistes », d’après le terme de Michelangelo Pistoletto. Ainsi, durant près de quarante ans, les plus grands artistes se dévoilent à eux : Alighiero Bœtti, Franz West, Mario Merz, Thierry de Cordier, Carla Accardi, Jan Vercruysse, Maurizio Cattelan...

L’art contemporain

« Les années 1980, que nous avons passées à New York, nous ont permis de comprendre comment s’articulaient entre elles, dans le système de l’art, les institutions, les galeries et le monde de l’entreprise et de la finance ». Imprégnés par une profonde culture de l’accueil et du lien, leur maison de New York devient un pont de rencontre entre les artistes italiens de l’arte povera, les directeurs des plus puissants musées américains, de grands industriels italiens, financiers et mécènes. Cette plaque tournante active se poursuit aujourd’hui à travers la Dena Foundation créée par Giuliana Setari, basée à Paris, qui aide des jeunes artistes italiens et internationaux à être reconnus. A l’ère de la globalisation du marché, l’art est une action responsable : « Les artistes que j’aime sont ceux qui développent une intervention dans la société ».

L’argent

Fin connaisseur des mécanismes financiers, Tommaso Setari balaye toute idée de spéculation, situant l’essence du profit sur « l’incalculable valeur de pouvoir vivre avec les artistes et leurs œuvres » ; pour Giuliana Setari, l’argent « donne la possibilité d’œuvrer en faveur de la création artistique, il est un instrument pour permettre aux artistes de concrétiser leurs projets ».

Nina Rodrigues-Ely / Virginie Bertrand
Publié le 03/10/2016
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Giuliana Setari Causi devant «Asymmetrical Pyramid», 1986, de Sol LeWit © Philippe Sebirot

Giuliana Setari Causi devant «Asymmetrical Pyramid», 1986, de Sol LeWit
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