Analyse à décoder

Le code comme structure de l’œuvre d’art : de l’âge électronique à l’âge numérique

Analyse à décoderArt contemporain | Le principe de code est en soi aussi ancien que l’humanité, du latin codex, le recueil de lois, terme qui vient lui-même de caudex qui désignait à l’origine un tronc d’arbre : cette dernière image montre bien que l’idée de mémoire y est en jeu : tout code implique une mémoire inscrite. Tout langage est un code consistant à inscrire une mémoire pour qu’elle puisse circuler, la partition musicale en est un, la peinture représentative en est un autre.

Robert Smithsom, 66 cryosphere © JMuseum
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Robert Smithsom, 66 cryosphere
© JMuseum

L’œuvre : contraction et expansion

Le code informatique est une contraction d’un texte ou d’une image, une réduction de toutes données à des suites binaires de 0 et de 1 de manière à les faire circuler pour leur permettre dans un deuxième temps de se redéployer, retrouvant leur forme d’image ou de texte. Le code agit entre contraction et expansion.
Le principe du code informatique constitue un défi pour beaucoup d’artistes dans les années 1960 : que serait une œuvre d’art visuelle qui oscille entre une forme codée, contractée, et une forme physique traditionnelle ?

Le texte : code et partition

Plusieurs artistes choisissent un type de contraction un peu moins réduit que le code informatique en travaillant avec des énoncés textuels. Le texte agit alors comme contraction d’un objet ou événement et ouvre à la possibilité d’un redéploiement de l’œuvre sous une forme physique, suivant ainsi le modèle d’un certain type de code bien ancien, mais jusqu’alors pas utilisé dans les arts visuels, à savoir la partition musicale.
L’exemple le plus évident et des plus célèbres est celui des Wall Drawings que Sol LeWitt met en place à partir de 1968. L’énoncé écrit sert de partition pour la réalisation du dessin. Comme pour l’œuvre musicale, la forme pérenne et absolue de l’œuvre, c’est la partition (l’énoncé), et comme l’œuvre musicale, sa forme spatiale est éphémère et relative, elle est « rejouée » par différents interprètes lors d’une exposition. À chaque nouvelle réalisation, l’œuvre s’étend, puis lorsque l’exposition est terminée et que le dessin est effacé, elle se contracte à nouveau, il ne reste alors plus que la partition.
Robert Smithson pense ce principe dès 1966 pour sa sculpture The Cryosphere exposée à Primary Structures au Jewish Museum de New York et dont la forme codée qu’il propose pourrait permettre un redéploiement physique de la sculpture. Lawrence Weiner travaille encore autrement avec ce principe de contraction / expansion. D’une sculpture ou d’une action qu’il réalise dans son atelier, il ne garde que le titre. Celui-ci pourra soit être redéployé physiquement sous forme de sculpture ou d’action, soit être exposé littéralement en lettres peintes sur un mur.

La structure de l’œuvre d’art numérique : forme absolue et forme relative

Le principe de contraction / expansion se développe considérablement depuis la toute fin du XXe siècle avec les œuvres numériques pour lesquelles la forme codée consiste maintenant en un fichier numérique fait pour être déployé sous une forme relative et éphémère dans un lieu physique : l’impression d’une photographie en papier peint ou une projection vidéo qui tient compte des spécificités du lieu de destination. Elles poursuivent en ceci ce que plusieurs artistes ont mis en place dans les années 1960 et de différentes manières. Nous pouvons appeler la forme contractée et pérenne de l’œuvre « forme absolue » (codée) et la forme spatiale et éphémère de son expansion « forme relative », celle-ci variant en fonction de chaque nouvelle expansion du code.

Spirale

Le principe de contraction / expansion de ce type d’œuvre d’art peut être caractérisé par la forme de la spirale : le mouvement de la spirale oscille en effet entre contraction et expansion, car il est à la fois mouvement vers l’intérieur et mouvement vers l’extérieur. Les œuvres numériques sont pensées pour pouvoir suivre à l’infini de tels mouvements.

Maud Maffei
Publié le 09/06/2016
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Robert Smithsom, 66 cryosphere © JMuseum Robert Smithson,66 the cryosphere text © Jewish Museum Robert Smithsom, 66 cryosphere © J Museum Robert Smithsom, 66 cryosphere © J Museum Sol-Lewitt,wall-drawing 481 © Brooke Alexander gallery oct 2009- jan 2010 Lawrence Weiner, Regen project july-aug 2009 © Regen project Alexandra Gorczinski © Laffy Maffei Gallery

Robert Smithsom, 66 cryosphere
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