Analyse à décoder

Cas de collectionneur : Paul-Emmanuel Reiffers

Analyse à décoderArt contemporain | Les impressions d’Afrique, la sensation d’espace et de liberté, « l’ouverture aux autres et la tolérance » infusent l’enfance de Paul-Emmanuel Reiffers, qui grandit en Côte d’Ivoire. Son père, expatrié à Abidjan dans les années 1960, coopérant, y crée une entreprise de conseil et participe à l’essor économique fulgurant du pays, insufflant à son fils le goût de tous les possibles.

Paul-Emmanuel Reiffers devant un bronze de Thomas Houseago de 2013, intitulé « Yet to Be Titled (Helmet Head on Plinth) » © DR
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Paul-Emmanuel Reiffers devant un bronze de Thomas Houseago de 2013, intitulé « Yet to Be Titled (Helmet Head on Plinth) »
© DR

Le déclic

L’esprit de collectionneur de ses grands-parents esthètes, qu’il visite chaque année, alimente encore son imaginaire. De cette ambiance de collections XVIIIe et de peintures impressionnistes, reste dans sa mémoire un tableau de Paul Gauguin, une fenêtre ouverte sur l’ailleurs, une échappée. A 14 ans, il vit le retour de la famille à Aix-en-Provence comme un « carcan ». A 16 ans, à Paris, il retrouve avec avidité l’esprit de brassage qui l’inspire et dont il a besoin : « A Paris, vous refaites votre vie tous les jours. »

L’art contemporain

« La nouveauté est une nouvelle façon de concevoir aujourd’hui ». Pour Paul-Emmanuel Reiffers, fondateur du groupe de communication Mazarine, l’art contemporain est en prise directe avec la vitalité du nouveau. « Nous sommes une agence créative, et les artistes sont pour nous des précurseurs, ils ont un temps d’avance ».

La première œuvre

À 26 ans, avec les premiers bénéfices de son agence, il commence à collectionner. En consultant la Gazette de Drouot, la Bible de l’époque, il est happé par deux gouaches de Victor Brauner, une poule et un poisson. Acheter de l’art lui procure une sensation de « plaisir inouï » ; acheter aux enchères, une émotion aiguë. Dans l’atelier de Claude et François-Xavier Lalanne, il a un coup de foudre pour un duo de singes, qu’il associe à sa collection de masques d’art africain.

Collectionner

« Collectionner donne une vision de soi-même. » Depuis plus d’une vingtaine d’années, Paul-Emmanuel Reiffers formule et reformule sa collection dans le mouvement de l’âme, excluant tout danger de fossilisation. Les achats sont pensés à l’avance, décidés en dehors des turbulences du marché, comme cette sculpture bleue de Louise Bourgeois. D’autres pièces d’Antony Gormley, de Bertrand Lavier, de Tatiana Trouvé font se télescoper les mémoires lointaines avec le présent. Les œuvres en miroir de Douglas Gordon ou de la jeune artiste polonaise Alicja Kwade troublent le réel, renversent et traversent l’espace et le temps. « Je veux que l’art soit présent sur mon lieu de travail. » Les œuvres qui rythment ses bureaux sont à l’inverse choisies pour leur impact visuel fort, leur intensité stimulante.
Après une première exposition personnelle de Claude Lévêque organisée en 2013 dans les locaux du groupe Mazarine en collaboration avec la Galerie Kamel Mennour, Paul-Emmanuel Reiffers pérennise l’expérience au Studio des Acacias, qu’il fait renaître en 2014, lui redonnant une vocation artistique. Il l’envisage comme un lieu au croisement de l’art et du luxe; des expositions en collaboration avec de grandes galeries internationales, soutenues par des marques; des œuvres résolument inédites dont une est toujours achetée pour sa collection : Mark Handforth, Matthew Day Jackson et Rashid Johnson

L’argent

« L’art crée une dématérialisation de l’argent. C’est un exutoire. » Acheter, c’est aussi s’engager auprès des artistes ; un investissement responsable « non rationnel ».

Nina Rodrigues-Ely / Virginie Bertrand
Publié le 12/05/2016
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Paul-Emmanuel Reiffers devant un bronze de Thomas Houseago de 2013, intitulé « Yet to Be Titled (Helmet Head on Plinth) » © DR Rashid Johnson/Matthew Day Jackson, exposition «New American Art», Studio des Acacias, Paris, octobre 2015 © © Photo Mario Palmieri Mark Handforth, «English Rose», 2007 © Photo Stéphane Gallois Louise Bourgeois, «Couple», 2001 © DR

Paul-Emmanuel Reiffers devant un bronze de Thomas Houseago de 2013, intitulé « Yet to Be Titled (Helmet Head on Plinth) »
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