Analyse à décoder

Cas de collectionneur : Vincent Wapler

Analyse à décoderArt contemporain | « Je ne collectionne pas, je m’approvisionne à toutes fins utiles et à ma mesure ». Vincent Wapler collectionne l’art contemporain depuis plus de trente ans et cultive l’art du paradoxe. L’art du paradoxe selon Vincent Wapler oscille entre le paraître et l’être, l’esthétique et l’initiatique, le décor et l’idée, le principe de réalité et le pur désir.

Vincent Wapler © Photo Philippe Soubirot
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Vincent Wapler
© Photo Philippe Soubirot

L’argent

Un principe de réalité qui lui permet de « rentrer en relation avec l’art », de s’ouvrir au champ immense des possibles, du désir ; il aime aussi citer cette sentence de Lao Tseu « Est riche celui qui sait qu’il a assez ».
Déjà, son père, était à la fois un théologien, disciple de Pierre Teilhard de Chardin, et le dirigeant d’une grande entreprise ; il entretenait une proximité intellectuelle avec des artistes et philosophes de renom. Cette quête paternelle a inséminé une enfance, un imaginaire et déterminé des études poussées en Histoire de l’art et Esthétique. Il devient commissaire priseur pour gagner sa vie, collectionneur d’art contemporain pour alimenter sa vie en art.

La première œuvre

Un Jan Voss, objet de méditation acheté en 1981. Son dernier achat ? Une chaîne de montre pour ne pas perdre son temps.

Collectionner

Être au plus proche de « la mécanique de la création », dans « le vif de la pensée contemporaine ». Mais acquérir une œuvre confine aussi au plaisir, à « l’intensité du quotidien ».
Vincent Wapler « approvisionne » sa quête singulière par des acquisitions dans des galeries, foires internationales, ventes publiques ou en passant commande à des artistes. Son appartement parisien est le lieu de mises en scène, dispositifs métaphoriques et symboliques mêlant sans hiérarchie des mondes primitifs, classiques, contemporains, pièces radicales ou objets d’art, en présence des sculptures sensuelles de Jane Poupelet, son aïeule.
Tout fait sens et trace un portrait en creux du propriétaire : un panneau d’Hamish Fulton « Sound of surf » surplombe un petit oratoire consacré à un maître bouddhiste rencontré en Himalaya ; un chien en bronze de Paul Rebeyrolle surgit de derrière un rideau, prêt à s’échapper ; sur une console Louis XV, à partir d’une peinture de Christian Bonnefoi est organisé un cabinet de méditation jouant sur l’esthétique des objets et œuvres qui le composent ; un « Etrog » jaune de Jean-Pierre Bertrand dans les bras d’un ourson... Cinq sculptures de lumières, « Pendeloques », commandées aux artistes français Jugnet + Clairet servent de lustres tandis que les chaises de la salle à manger sont de Franz West et les poignées de portes de Yvan Theimer car il « préfère faire appel à des artistes pour les accessoires d’usage de la maison ». La radicalité de la commande passée à Susanna Fritscher, peinture sur film en flux tendu traversant en diagonale l’espace du salon l’oblige quotidiennement à se baisser pour passer mais agit comme un vecteur de lumière ; alors que deux œuvres à forte charge symbolique de David Saltiel, un grand miroir et une maison de verre déstabilisent, dilatent et disloquent l’environnement par des jeux de reflets réfléchissant...

L’univers complexe de Vincent Wapler s’écrit comme une page de littérature, un temps suspendu où se fomente en secret, au grès de ses lectures, ses idées d’assemblage d’œuvres qu’il combine en créateur ; cette partie de la collection n’est pas exposée, conservée dans des stockages. Peut-être la dévoilera-t-il un jour.

Nina Rodrigues-Ely / Virginie Bertrand
Publié le 07/07/2013
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Vincent Wapler © Photo Philippe Soubirot Appartement Jugnet © Clairet - Underson III, 1999 ; David Saltiel - Je serai ton miroir, 2002; Suzanna Fritscher - ST, 2004; Jean-Pierre Bertrand - Etrog, 1999

Vincent Wapler
© Photo Philippe Soubirot

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