Analyse à décoder

L'art contemporain à Singapour en 3 concepts clés

Analyse à décoderArt contemporain | Une scène artistique active émergée en Asie du Sud-est au cours des années 2000 - cristallisée à Singapour - commence à se faire connaître en occident. L’édition 2015 de la foire de printemps Art Paris Art Fair a notamment présenté huit galeries phares installées à Singapour tandis que le Palais de Tokyo ouvre une fenêtre sur la création singapourienne avec l’exposition « Archipel secret ». Trois concepts clés pour comprendre l’importance de cette zone en ébullition économique et créative qui extrait sa singularité identitaire d’une multiplicité et d’un foisonnement naturel de cultures, d’ethnies, de religions, de langues.

Carte de l’Asie du Sud-Est © DR
Carte de l’Asie du Sud-Est
© DR

Une dynamique économique vertueuse

Singapour et l’ensemble des états qui formulent l’Asie du Sud-Est constituent une zone active de commerce maritime à l’intersection de trois mers, mer de Chine, océan indien, océan pacifique; une zone de passage, de brassage, de pollinisation de cultures et d’ethnies sans équivalents. Indépendante depuis 1965, aujourd’hui qualifiée de «  petite suisse de l’Asie  », la cité-état de Singapour s’est édifiée, parallèlement à Hong Kong, sur ses fondations anglo-saxonnes, exploitant une région économique et géostratégique primordiale par sa position à l’entrée du détroit de Malacca. La dynamique culturelle vertueuse combine une situation de marché où l’état est impliqué - 50 entreprises publiques produisent 60% du PIB - et une impulsion étatique de promotion de la création qui prend concrètement son envol dans les années 2000; la valorisation de la création devenant un fer de lance de rayonnement.

Singapour concentre des attributs culturels et de marché

L’ancien comptoir britannique au XIXe devenu un centre économique mondial au XXIe investit aujourd’hui dans un éventail d’attributs culturels : le STPI est un espace alternatif spécialisé qui expérimente le médium papier, résidence d’artistes, producteur d’exposition, subventionné depuis 2002 par le ministère de la Culture; le Singapore Art Museum dont la Deutch Bank est le principal sponsor se repositionne en Art contemporain, la National Gallery Singapore, avec comme sponsor la DBS Bank des Philippines, ancre les cultures régionales du XIXe à nos jours (ouverture prévue courant 2015). Des événements culturels s’intègrent à l’écosystème international : la Singapore biennale, le Prudential Eye Award fondé en 2014 par les collectionneurs britanniques David and Serenella Ciclitira, une « art-week » pendant Singapore Art Stage, la foire concurrente de Hong Kong Basel dirigée par Lorenzo Rudolf (ancien directeur d’Art Basel). Côté marché, deux autres marqueurs : la construction d’un quartier de galeries d’art contemporain à Gillman Barrack et le Singapore Freeport dont la plate-forme hautement sécurisée a été lancée en 2010. En se dotant d’un ensemble d’infrastructures constituant une rampe de lancement, Singapour s’envisage en pôle rayonnant des cultures asiatiques, positionnée au carrefour d’une «  Grande Asie  » culturelle et économique.

À l’inverse, en dehors de Singapour les institutions culturelles font défaut; le repérage créatif et l’éducation culturelle sont générés par des initiatives privées : collectionneurs mécènes comme le OHD Museum du Dr Oei inauguré en 2012 à Magelang (Indonésie), espaces alternatifs, artistes eux-mêmes dans un esprit de partage comme EKo Nugroho au centre de Java à Yogyakarta.

Un syncrétisme d’imaginaires pousse vers une esthétique universelle

La création contemporaine d’Asie du Sud-Est, empreinte d’origines diversifiées, révèle un syncrétisme d’imaginaires qui fonde des axes communs :

• Une culture locale-globale : les artistes et créateurs, connectés à l’occident et au monde entier, s’en imprègnent tout en inscrivant leur racine identitaire; ils intègrent tous les médiums sans hiérarchie, naviguent aisément entre les traditions vernaculaires, cultuelles et les concepts occidentaux selon un processus d’infiltration.
- Un esprit subversif sous-jacent à la création : la résistance et l’engagement des artistes qui vivent dans des états qui n’ont aucune culture de la liberté d’expression suivent leur stratégie naturelle d’infiltration à l’inverse des stratégies d’affrontement propre à l’occident, et oblique propre à la Chine. Ainsi, les vecteurs de transmission participatifs et de partage sont-ils des moyens autant qu’une forme esthétique vitale (réf : «  Esthétique relationnelle » formalisée par Nicolas Bourriaud).

• Un esprit « trans- : la traversée poreuse des idées et imaginaires est très amplifiée dans ces régions maritimes de croisements, où le climat chaud et humide ainsi que l’omniprésence d’une nature ancestrale luxuriante influencent les comportements. Du point de vue esthétique, cela engendre des créations qui explorent et infiltrent les champs sensoriels sonores ou corporels; une narration visuelle qui s’envisage dans le passage du réel à l’état de surréel, dans une traversée des matériaux, des générations, des temps et des espaces.

Comprendre les fondamentaux de la scène artistique en Asie du Sud-Est pourrait nous faire entrevoir certains éléments constitutifs d’une culture globale en train de se formuler.

Nina Rodrigues-Ely
Publié le 17/03/2015
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