Analyse à décoder

Indices de cotation, obsolescence et nouveaux paramètres

Analyse à décoder | Appréhender une place de marché impose de disposer d’outils de mesure complets et puissants. Le monde de l’art n’y déroge pas et les indices de cotation cherchant à modéliser la rentabilité d’une œuvre ou d’un artiste sont aussi nombreux que divers. Pourtant, avec un champ d’études limité aux seuls résultats des ventes aux enchères publiques, la pertinence de ce type d’indices est questionnée; l’opacité du marché de l’art une nouvelle fois soulignée.

Illustration réalisée par Stéphane Kiehl / Le Monde © Stephanekiehl.blogspot.com
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État des lieux

De 500 000 collectionneurs dans les années 1950, le marché de l’art a atteint une taille estimée à 70 millions de « art-consumers » à travers le monde selon Thierry Ehrmann. Un chiffre difficile à vérifier qui reflète toutefois la progression exponentielle d’un marché où la demande s’est considérablement accrue et les profils d’acheteurs se sont diversifiés. En parallèle, ce phénomène s’est accompagné du développement des indices de cotation - une ressource primordiale pour qui voit en l’art un actif financier. Analyse du marché, d’un secteur, d’un artiste ou d’une œuvre, le Artprice Global Index, le Artnet contemporary C50 ou encore le Mei Moses World All Art Index de Beautiful Asset Advisors figurent parmi les indices internationalement consultés. Bien que de nombreuses différences existent entre eux, tant dans leur méthodologie que leur résultat, plusieurs points communs ressortent de leur faiblesse.

Les indices de cotation face à la structure du marché de l’art

Qu’il s’agisse de Arprice, Artnet ou Beautiful Assset Advisors, leur expertise du marché de l’art et leurs indices de cotation respectifs ont participé à leur réputation internationale. Pourtant, la structure du marché de l’art impose à ces sociétés de disposer d’une information très imparfaite. En utilisant les résultats de 4500 maisons de ventes aux enchères pour Artprice, 1600 (exceptés Christie’s et Sotheby’s) pour Artnet et uniquement Sotheby’s et Christie’s pour les indices du Mei Moses, le marché primaire est de facto occulté. Un marché qui - selon le TEFAF Art Market report 2014 - représente 53% du marché global de l’art. Les ventes aux enchères privées et celles réalisées par les galeries ou les marchands ne peuvent être étudiées du fait de la non-publication des résultats. À ce défaut majeur s’ajoutent les œuvres adjugées « bought-in » i.e. celles qui n’ont reçu aucune enchère ou lorsque le prix de réserve demeure non-atteint. Très difficile d’interprétation, aucun de ces indices n’intègre dans leur modèle la notion de ravalement d’une œuvre; une variable importante dans l’historique de vente d’une œuvre et par conséquent, la construction de la côte d’un artiste. Par ailleurs, la méthode des ventes répétées utilisée par Artprice et Beautiful Assset Advisors n’est pas exempte d’interrogations. Une œuvre n’étant répertoriée que lorsqu’elle a été vendue plus d’une fois, plusieurs ventes sont nécessaires pour obtenir une analyse significative.

Influence et développement du marché online

Même s’il ne représente qu’une faible part du marché de l’art global, le marché de l’art en ligne attire de plus en plus d’amateurs et collectionneurs. Les ventes conclues chaque année se multiplient et les rapports tels que ceux publiés par Hiscox ne manquent pas de souligner la confiance dont jouit ce support. Pourtant, le marché de l’art en ligne apparaît sous-évalué dans les outils de mesures actuels. Qu’elles proviennent des maisons de ventes aux enchères ou des plateformes digitales dédiées, seules les transactions online respectant le format du live et dont les résultats sont publiés peuvent être intégrées dans ces indices. Par ailleurs, dû à un développement récent, le marché de l’art en ligne est éclaté, composé lui-même de plusieurs places de marché... Cette pluralité des plateformes complique l’accès aux données dont souffre déjà le Mei Moses; Christie’s ne publiant pas les résultats de Christie’s LIVE et Sotheby’s n’étant qu’au balbutiement de sa stratégie pour s’imposer sur ce secteur. Artprice disposant des chiffres de Heffel et Artnet ceux de sa propre plateforme, de Heritage Aunction et de Auctionata.

Présenté comme le défi informatique majeur de la décennie 2010-2020, le Big Data pourrait engendrer de profonds changements dans les modèles utilisés par les indices de cotation. En plus d’être sous-évalué, le marché de l’art en ligne apparaît aujourd’hui sous-exploité. Construits sur une approche analytique, ces outils de mesure font l’impasse sur un domaine de recherche actuellement en plein essor à savoir le « machine learning ». Une technologie qui présente l’avantage de n’utiliser aucun algorithme explicite dans l’élaboration de systèmes autonomes. Cette logique de l’apprentissage automatique pourrait apporter un éclairage nouveau sur notre appréhension et compréhension du marché de l’art. L’approche ne serait alors plus seulement analytique, mais également prédictive par la recherche de corrélations significatives issue d’un jeu d’observations. Une alternative à l’asymétrie d’informations qui règne sur le marché de l’art.

Vincent Kozsilovics
Publié le 23/09/2014
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Illustration réalisée par Stéphane Kiehl / Le Monde © Stephanekiehl.blogspot.com

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