Analyse à décoder

Centre Pompidou, entreprise culturelle

Analyse à décoderArt & entreprise | Depuis son arrivée à la présidence du Centre Pompidou en 2007, l’énarque Alain Seban a fait transiter l’institution culturelle vers l’entreprise. Sa politique distribuée en quatre objectifs - numérisation, mobilité, délocalisation et mondialisation - aujourd’hui en perte de vitesse, s’affirme dans une logique commerciale, notamment à travers des expositions peu scientifiques mais qui attirent les masses (790 090 visiteurs pour Dalí en 2012, 546 229 pour Lichtenstein en 2013), où l’influence des mécènes est toujours plus importante.

Centre Pompidou © Thinkstock
Centre Pompidou
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Numérisation

Dans une volonté d’allier révolution numérique et accès aux contenus du musée, l’établissement polyculturel a lancé en octobre 2012 le Centre Pompidou virtuel sous l’impulsion des mécènes Pernod Ricard, CGI et OVH. Totalisant plus de 8 millions de visites fin 2013, le site web a mis en exergue un élan de la numérisation des œuvres, suppléée par la multiplication des applications numériques ; celles-ci étant relayées par des tablettes en libre service, directement intégrées aux expositions. La présence du Centre Pompidou sur Internet engage le visiteur dans une médiation 2.0 et s’ancre dans une stratégie d’élargissement des publics, sur le modèle des entreprises qui développent leur influence à travers les médias numériques. En septembre 2013, Alain Seban a engagé un partenariat avec Wikimédia, axé sur un partage d’expériences et de contenus, visant à enrichir le Centre Pompidou virtuel. Seulement, si la numérisation des ressources offre un libre accès aux contenus, la navigation sur le site web reste peu ergonomique et l’interface décourageante. Une finalité qui se révèle être le contre-modèle du Google Art Project, qui rassemble une partie numérisée des collections du musée d’Orsay, du quai Branly et celui de l’Orangerie.

Mobilité

Poursuivant sa conquête des nouveaux publics, le Centre Pompidou a initié, dès l’automne 2011, son musée itinérant dans les collectivités territoriales de l’Hexagone. Financé à hauteur de 1,5 million d’euros par l’État et de 2,5 millions par quatre mécènes nationaux - Total, GDF Suez, Groupe Galeries Lafayette, La Parisienne Assurances - pour sa fabrication et sa mise en circulation, le Centre Pompidou mobile a parcouru six villes provinciales dans l’objectif d’affirmer sa « mission de diffusion, d’éducation et de sensibilisation artistiques ». Malgré les 200 000 euros à la charge de chaque collectivité d’accueil, la mobilité des collections a suscité des dépenses de plus en plus conséquentes au fil des étapes (de 400 000 à 600 000 euros) ainsi que le détachement des mécènes fondateurs. Un manque de moyens qui s’est manifesté par une réduction de 7,5% du budget de l’institution en 2011, en dépit du succès de cette opération « démocratisation de l’art » totalisant 119 794 visiteurs pour sa deuxième année d’itinérance. Le Centre Pompidou mobile s’est ainsi achevé fin septembre 2013 et a économisé 400 000 euros grâce au CIAM qui a financé le démontage, la logistique et le stockage de la caravane.

Délocalisation

Inauguré en mai 2010, le Centre Pompidou-Metz affirme l’implantation sédentaire d’une antenne de l’institution. Un projet déjà pensé à l’époque par le Messin Jean-Jacques Aillagon - à la tête du Centre Pompidou de 1996 à 2002 - qui a initié cette volonté de délocaliser les collections en région via le programme « Hors les Murs ». La décentralisation culturelle de l’établissement a donc été matériellement édifiée grâce aux financements des collectivités locales (Metz Métropole, Région Lorraine, Ville de Metz), du Centre Pompidou et de l’État, pour un coût final du bâtiment - travaux et équipements compris - s’élevant à 69,3 millions d’euros hors taxes. Au-delà des espaces d’exposition, le Centre Pompidou-Metz a intégré dans ses 10 700 mètres carrés un café, un restaurant et une librairie-boutique pour développer ses recettes et attirer le public. Pourtant relié par un cordon ombilical à « 85 mn de Paris » - comme le prône l’affiche apposée sur la façade principale du centre parisien - le rejeton de Metz observe un déclin de sa fréquentation annuelle (de 800 000 visiteurs les douze premiers mois d’ouverture en 2011 à 335 000 en 2013) et ses financements se fragilisent, notamment par les élus locaux qui dénoncent une mauvaise gestion de l’établissement. Un désengagement du public français et du Benelux qui remet en cause la situation géographique de cet îlot ancré au milieu du trafic logistique, tournant le dos au centre ville.

Mondialisation

À la manière d’une entreprise, le Centre Pompidou s’ouvre à la mondialisation en exportant sa marque. Déjà en 2013, Alain Seban signait un accord avec le géant pétrolier saoudien Aramco pour présenter une exposition temporaire d’œuvres puisées dans les collections du musée, « Couleurs pures ». Un partenariat pour lequel le Centre Pompidou a été rémunéré, et qui a amorcé les prémices de l’inauguration du King Abdulaziz Center for World prévu pour 2015. L’Arabie Saoudite a accueilli pour l’occasion plus de 44 000 visiteurs en moins de six semaines. Dernier projet en date, El Cubo ; au printemps prochain, le Centre Pompidou ouvrira un musée éphémère à Malaga. La ville espagnole finance les frais d’aménagement (1 million d’euros) et l’opération s’inscrit dans la lignée de divers partenariats liés avec l’international : en 2013, les expositions à l’étranger et en particulier dans les pays du Sud et émergents (Brésil, Mexique,...) ont accueilli 667 000 visiteurs.

Sous un angle scientifique, le nouvel accrochage des collections modernes en 2013 conçu par Catherine Grenier, « Modernités Plurielles. 1905-1970 », reflète une présentation mondialisée d’artistes représentant quarante-sept pays, et ainsi une relecture de l’histoire des avant-gardes. L’exposition signe la concrétisation visuelle d’une réflexion de quatre années de recherches scientifiques menées par la conservatrice qui avait initié dès 2009 le programme « Recherche et Mondialisation ».

Après avoir fait la part belle à la numérisation, à la mobilité et à la délocalisation, qui ont présenté leurs limites budgétaires, la mondialisation et le développement à l’international s’inscrivent dans un nouvel horizon stratégique pour le « Centre Pompidou Entreprise ».

Maxime Gasnier
Publié le 23/09/2014
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