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Art contemporain : marché de l'art global contre marché régulier

Analyse à décoder | Le documentaire intitulé « La Ruée vers l’Art » réalisé par Marianne Lamour a fait polémique lors de sa sortie en France en octobre 2013. Il traite de l’engouement sans commune mesure pour l’art d’aujourd’hui, décrit en image les codes d’une nouvelle jet-set d’initiés, un monde où l’imaginaire de la réussite côtoie le merveilleux. Face au marché régulier, la mondialisation a fait apparaître un marché global de l’art avec ses pratiques spécifiques qui méritent d’être remises dans un contexte d’évolution. Repères et éclairages.

Crouching Spider, Louise Bourgeois et Les Poissons Volants © Les Poissons volants
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Crouching Spider, Louise Bourgeois et Les Poissons Volants
© Les Poissons volants

Construction du marché global en quelques repères

L’art, le développement de son marché a toujours épousé les oscillations géopolitiques et les grandes mutations commerciales. De la Renaissance au XVIIIème siècle, de la révolution industrielle à l’avènement de la bourgeoisie, de la modernité à l’hégémonie américaine après guerre, des collections se sont faites, défaites, d’autres se sont refaites.

Il est vrai que le marché de l’art s’est radicalement transformé ces dernières années. L’internet et la révolution technologique en ont modifié structurellement les modes de promotion et de transaction, une évaluation que l’on peut aujourd’hui suivre dans un flux continu.
Il a suivi les transformations de l’économie mondiale amorcée dans les années 80 : les années Reagan et les années Tatcher, la chute du mur de Berlin et l’affaissement du bloc Est-Ouest, l’ouverture de la Chine et le déplacement du centre de gravité économique vers l’Asie, l’émergence des ultra fortunes et l’afflux considérable de liquidité dans l’économie mondiale.
Comme toujours l’art devient un prétexte identitaire et communicant, l’apparat des nouvelles classes économiques dirigeantes.

Le Marché global, une sphère particulière

Dans la fulgurance de ces mutations, l’art contemporain, considéré comme un luxe, est reconnu par le monde de la finance comme une niche passion, une alternative de diversification d’investissements.
Les conséquences s’enchaînent logiquement : rush sur les foires majeures, une mécanique de pouvoir ; explosion des fonds d’investissement en art et des « sociétés de titrisation » qui fleurissent en Asie ; apparition d’une nouvelle conception de « ports francs » sur les aéroports de villes stratégiques, véritables forteresses de luxe, comme Singapour que l’on peut visiter dans le film ; retour en force des Art Advisors, résurgence contemporaine du métier d’intermédiaire, jadis conseiller des princes ; irruption des méga galeries, méga organisations à tendance muséale, dont certaines positionnent leurs succursales sur la planète comme des pions sur un échiquier.

Dans cette sphère particulière, entre ombre et lumière, les critères d’appréciation de l’œuvre d’art propre à l’occident glissent vers des d’indicateurs de confiance des marchés économiques des pays : Etats Unis & Europe, Chine, Inde, Moyen orient, Amérique Latine, Russie. Le marché global se doit d’être lisible et tangible, c’est pourquoi il fabrique ses icônes, ses artistes valeur, ses valeurs montantes dont la valeur est alimentée par les ultra fortunes mondiales : « les chercheurs d’art choisissent eux-mêmes les filons qu’ils vont exploiter » , selon l’expression des auteurs du documentaire.

Le marché régulier prend le vent de la résilience

En regard de ce constat dont la perspective est estimée par le monde de la finance à une dizaine d’année, le marché régulier, nucléus de l’écosystème propre à l’art contemporain, se transforme et se complexifie dans le fil de la mondialisation. Les premiers signes de nouveaux modes opérationnels, des dynamiques d’influence en réseaux, émergent peu à peu à travers l’engagement de collectionneurs prépondérants, le regroupement d’artistes, une meilleure coopération internationale entre galeries. Dans le mouvement de sa mutation, cet écosystème articulé autour de marchands à l’œil prospectif, collectionneurs passionnés, mécènes responsables, artistes, curateurs renouvelle les modèles, construit des réseaux actifs dans une forme de résistance.

Nina Rodrigues-Ely
Publié le 24/09/2013
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