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Analyse à décoder

Le Cas de la collection Gensollen

Analyse à décoderArt contemporain | Dans le monde de l’art contemporain, Marc et Josée Gensollen sont des collectionneurs qui, dans le creuset de leur couple, conçoivent et élaborent depuis plus de 30 ans une collection selon une démarche radicale, rejetant égo et spéculation. Une démarche où la vie des œuvres est au cœur d’un dispositif pensé.

Roman Ondak, ’’Teaching to walk’’, 2004 © DR
Roman Ondak, ’’Teaching to walk’’, 2004
© DR

Premières lectures, premières œuvres, premier déclic

Premières lectures

Autour des années 68, encore étudiants, Marc et Josée Gensollen s’attachent à l’Art par la lecture et l’étude minutieuse de revues prépondérantes à cette époque : dans le sillon de leur formation de psychiatre psychanalyste, c’est Le Minotaure qui cristallise une première attirance pour le Surréalisme, encore très vivace dans les années 60 et 70. Puis Art Press, une revue ouverte à la psychanalyse dès sa parution en 1972, les amène à voyager dans l’univers inconnu de l’Art Conceptuel et de l’Art Minimal.

Premières œuvres

Le tout premier achat est un dessin d’André Masson de la série des Massacres. Pour le faire authentifier, ils se rendent chez l’artiste près d’Aix en Provence. Ils prennent alors conscience de l’abîme générationnel qui les sépare de Masson si âgé qu’il ne reconnaît pas le dessin. Ils repartiront avec une photo signée de sa main où il écrivit au dos : « Cette œuvre n’est pas de moi ».
Cette expérience sera fondatrice d’une démarche particulière élaborée selon des règles qu’ils décident de se dicter : s’intéresser aux artistes de leur époque, acheter des œuvres uniquement par l’intermédiaire de galeries de premier marché avant d’en connaître les auteurs, ne jamais acheter dans des maisons de vente publique, ne jamais vendre.
C’est à ce moment là qu’ils font l’acquisition de leurs premières œuvres contemporaines d’Arman et de Vialat, toujours en leur possession.

Premier déclic

Le Centre Pompidou, inauguré en 1977 dans un contexte de polémique, apparaît comme le premier centre culturel polyvalent mettant en jeu l’Art Vivant, la transdisciplinarité de la création. Cette « raffinerie » est pour eux un souffle de liberté, et surtout un lieu d’exploration. La visite de la première rétrospective de Marcel Duchamp fait déclic et précise leur intérêt pour la dématérialisation des œuvres ; leurs premières pièces d’art conceptuel, socle de leur collection, seront acquises à partir de ce moment là : Joseph Kosuth, Lawrence Weiner, Dan Graham...

L’œuvre, « embrayeur » de réflexion

En tant que psychanalystes et collectionneurs, l’œuvre est au cœur de leur réflexion. Elle est explorée de la même façon que l’âme humaine dans la confidentialité de leur cabinet. Elle est douée d’une ligne de vie dont les étapes - en particulier les prêts dans des expositions - sont systématiquement consignées pour en garder les traces par Josée Gensollen.
Collectionner découle de leur intérêt pour ce qui est caché au plus profond des êtres, de l’humain, et que l’on ne peut percevoir qu’avec un esprit incisif, voire transgressif. L’acte d’achat est entendu, non pas comme un désir de possession et d’accumulation, mais comme une libération. Une manière de faire circuler l’argent gagné dans le cadre leur métier, donner vie à l’immatériel.
Leur collection s’est construite progressivement au fil de l’avant-garde, de ce qui n’est pas perceptible au premier abord. D’une manière pointue, presque chirurgicale, elle rassemble des œuvres qui dévoilent le sens d’une époque sans en être le reflet. C’est ainsi que l’une de ses orientations actuelles se porte vers des artistes qui interrogent la perception en produisant des œuvres totalement dématérialisées qui, pour se révéler, doivent être activées par leurs propriétaires : « Teaching to walk » (2004) de Roman Ondak consiste à photographier un enfant faisant ses tous premiers pas dans un espace d’exposition, « Selling out » (2002) de Tino Sehgal se manifeste par la présence d’un homme habillé en gardien de musée qui se met inopinément à faire un strip-tease devant les visiteurs d’une exposition...

La Fabrique ou comment habiter une collection et transmettre une passion

Une ancienne fabrique de filature de 750 m2 en plein centre de Marseille, rénovée par l’architecte Harald Sylvander, constitue à la fois un lieu d’habitation, d’expositions et de transmissions.
Dans cet espace dégagé de toute charge émotionnelle où l’esthétique de la fonction est poussée à l’extrême excluant tout recours au design, le mobilier est uniquement organisé autour d’œuvres d’artistes, : les chaises de la salle à manger sont de Franz West, les lampadaires de Liam Gillick, la chambre d’ami est une installation de Dominique Gonzales Fœrster. La bibliothèque, dessinée au détail près par Marc Gensollen, alimentée exclusivement d’ouvrages d’art contemporain, dont certains introuvables, est le centre névralgique de ce corpus orienté vers l’étude et la pensée en train de se faire.
Financièrement autonome, sans aides publiques, La Fabrique est envisagée comme un lieu privé ouvert sur rendez-vous à toutes les personnes qui souhaitent la visiter, rencontrer leurs propriétaires, échanger sur l’Art et les artistes émergents. Selon une stratégie réflexive sur le monde à partir de leur collection, l’accrochage est régulièrement renouvelé en fonction d’un sujet dont ils sont les commissaires, l’Art Conceptuel, L’espace et l’architecture, La condition humaine à travers la performance, Le couple...
Ancrés à Marseille, les Gensollen font partie d’un cercle très restreint de collectionneurs spécialistes circulant en éclaireurs dans le réseau international de l’art contemporain.

Nina Rodrigues-Ely
Publié le 14/04/2009
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Roman Ondak, ’’Teaching to walk’’, 2004 © DR

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